lundi 1 novembre 2010

Le Sahel ne veut pas d'une présence militaire étrangère


JeuneAfrique.com

Le Sahel ne veut pas d'une présence militaire étrangère

31/10/2010 à 17h:41 Par AFP
Le  Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia à Alger le 21 octobre.Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia à Alger le 21 octobre.© AFP

Le Premier ministre algérien estime que le déploiement de forces étrangères dans la région d'action d'Aqmi risquerait d'accroître les tensions. Selon lui, les pays concernés doivent développer leurs propres forces de sécurité.

Les pays du Sahel ont besoin d'aide pour se développer et renforcer leurs forces de sécurité et non d'un déploiement étranger, a déclaré dimanche 31 octobre le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia.
Le chef du gouvernement, qui s'adressait à la presse en marge de son intervention devant l'assemblée nationale, a mis en garde contre une présence militaire étrangère dans la région où sévit Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), un avertissement régulièrement réitéré par Alger"Si demain nous avons une présence occidentale de quelque pays que ce soit (dans cette région), ils (les terroristes) vont devenir des moudjahidine et là, nous créerons un enfer avec les meilleures intentions du monde", a ainsi expliqué le Premier ministre algérien, cité par l'agence APS.
Qualifiant les terroristes sévissant dans cette région de "criminels", il a estimé que "les populations au Niger et au Mali les considéraient comme des bandits".
Selon lui, les pays du Sahel -qui inclut également la Mauritanie-, ont besoin de "moyens ou de fonds pour développer l'administration des régions nord de leurs pays et renforcer leurs forces de sécurité". Ils "n'ont pas besoin d'un déploiement étranger", a-t-il martelé.
Aide et respect
Répondant à une question sur d'éventuelles "pressions" externes que subirait l'Algérie concernant le combat contre l'instabilité au Sahel, M. Ouyahia a répondu: "Nous ne sommes sous la pression de personne et notre position est aussi claire que l'eau de roche".
"Nous assumons notre devoir sur notre territoire comme nous l'assumons à l'endroit de nos voisins à travers les mécanismes des chefs d'état-major, des services de sécurité et d'autres rencontres", a-t-il dit, en référence au dernier sommet arabo-africain des 9 et 10 octobre à Syrte (Libye), la réunion de Tamanrasset (sud de l'Algérie) le 29 septembre suivie trois jours plus tard de celle des patrons du renseignement de la région qui ont créé un centre du renseignement conjoint à Alger.
"Nous disons à nos amis du monde que les pays du Sahel ont besoin d'aide et de respect". "Tant qu'il n'y a pas de développement (dans la région), la sécurité demeure fragile", a-t-il martelé.

Bouteflika à MAM : "C'est aux États de la région de régler" le problème Aqmi

27/10/2010 à 13h:02 Par Cherif Ouazani
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 6 octobre 2010 à Alger.Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 6 octobre 2010 à Alger.© AFP

La visite de la ministre française de la Justice Michèle-Alliot Marie à Alger a donné lieu à un long échange très ferme avec le président Algérien Abdelaziz Bouteflika.

Les présidents Bouteflika et Sarkozy abordent souvent au téléphone la question de la sécuritédans le Sahel. Mais jamais Alger et Paris n'avaient échangé leurs points de vue en direct et à un niveau de représentation aussi élevé. À l'issue de la longue audience – deux heures – accordée, le 19 octobre, par Abdelaziz Bouteflika à Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Justice, les deux parties ont réaffirmé leurs divergences quant à la manière de lutter contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la bande sahélo-saharienne.
« C'est aux États de la région de régler cette affaire, et non à des puissances étrangères » (entendez : aux États-Unis et à la France), a estimé Bouteflika. « Nous activerons, à chaque fois que cela sera nécessaire, les accords de coopération militaire qui nous lient aux pays de la région », a répliqué Alliot-Marie, justifiant ainsi la présence de 80 militaires français à Niamey depuis l'enlèvement, le 16 septembre, de sept expatriés à Arlit (Niger), ainsi que l'opération conjointe menée par les armées française et mauritanienne contre Aqmi, le 22 juillet, dans le nord du Mali.
Même si l'entrevue s'est achevée sur une note optimiste (les relations algéro-françaises « se portent bien », a assuré Bouteflika), la méfiance perdure. Alger reproche à Paris de céder aux exigences financières des salafistes pour sauver la vie de ses otages. Et a boycotté, le 13 octobre à Bamako, une réunion du groupe d'action antiterroriste du G8, élargi aux pays de la région, dont le Maroc, « associé sur l'insistance des autorités françaises », selon des sources algériennes.

Point de presse du 20/09/2010 : Niger

Au point de presse de ce jour, le sous-directeur de la presse du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes : 

===NIGER=== 

Q - 1) Confirmez-vous la création d'une base opérationnelle militaire française à Niamey avec 80 militaires et des avions de reconnaissance ? 

2) Avez-vous reçu une revendication ou demande de rançon pour les otages ? 

3) Avez-vous reçu une preuve de vie ? 

4) Quelle coopération entretenez-vous avec l'Algérie au sujet de la recherche de ces otages ? 

5) Considérez-vous AQMI comme le commanditaire des enlèvements ? 

6) Quelle est votre appréciation de la décision d'Areva de confier la sécurité à leurs résidences de ses cadres expatriés à des sociétés de gardiennage privées avec des éléments non armés plutôt qu'aux forces de défense et de sécurité nigériennes ? 

7) Avez-vous des inquiétudes sur la continuité de la production d'uranium sur les deux mines d'Areva voire sur l'approvisionnement de la France ? 

R - 1) Nous avons une coopération avec les Etats de la région, notamment avec le Niger, en matière de lutte contre le terrorisme. Cette coopération couvre en particulier la formation. Ce n'est que par un engagement accru entre les Etats de la région que cette action sera efficace. Nous souhaitons également que l'Union européenne s'implique davantage, comme l'ont demandé par écrit à Catherine Ashton, Bernard Kouchner et sept de ses homologues européens (Allemagne, Espagne, Portugal, Italie, Pays-Bas, Suède, Danemark) le 10 septembre dernier. Lors d'un déplacement dans la région au mois de juillet dernier, Bernard Kouchner avait également rappelé aux plus hautes autorités de Mauritanie, du Niger et du Mali l'importance qui s'attache aux efforts entrepris collectivement par les Etats concernés en faveur d'une coopération régionale anti-terroriste. 

S'agissant de notre dispositif opérationnel précis au Niger, je vous renvoie au ministère de la Défense. 

2-3) Nous n'avons à cette heure reçu aucune revendication, ni aucune preuve de vie. 

4) Nous entretenons avec l'Algérie, un pays qui est fermement engagé contre le terrorisme au Sahel, un dialogue étroit à tous les niveaux. 

5) Cette hypothèse est hautement probable. 

6) Le site "Conseils aux voyageurs" du ministère classe en zone rouge toute la région d'Arlit depuis plusieurs années. La présence de Français y est donc formellement déconseillée. Le maintien par Areva d'expatriés dans cette région et le dispositif de sécurité associé relevaient en dernier ressort de l'appréciation de l'entreprise, en accord avec les autorités nigériennes. 

7) S'agissant du fonctionnement et des capacités de production du site lui-même, je vous renvoie vers Areva.

Les filiales d'Al-Qaïda prennent le relais

Du Yémen, Al-Qaida dans la péninsule arabique expédie des colis explosifs aux Etats-Unis. Et au Sahara, Al-Qaida au Maghreb islamique détient toujours sept otages.
Militairement, ses troupes sont décimées par les drones américains dans la zone pakistano- afghane. Sur un plan opérationnel, la pression sécuritaire planétaire (aéroports hypercontrôlés, candidats au djihad suivis à la trace, interceptions téléphoniques et collaboration entre services de renseignements…) paralyse pour l'instant toute action d'envergure. Al-Qaida et son chef Oussama Ben Laden n'ont jamais été aussi affaiblis et, pourtant, la menace – policiers et politiques ne cessent de nous le répéter – n'a jamais été aussi forte. Une menace qui s'est concrétisée ces dernières quarante-huit heures sous la forme de deux colis explosifs transportés par les géants du fret aérien, UPS et FedEx, et interceptés vendredi grâce aux services secrets saoudiens dans les aéroports de Dubai et d'East Midlands (centre de l'Angleterre).
Si le point de départ, Sanaa, au Yémen - où une première suspecte a été arrêtée samedi soir -, ne fait aucun doute, quelle était la cible? Des synagogues de la région de Chicago, destinataires des colis? Ou les avions eux-mêmes, comme l'a laissé entendre hier le Premier ministre britannique, James Cameron: "Nous pensons que l'engin devait exploser dans l'avion." Concrètement, les terroristes avaient remplacé l'encre des deux imprimantes par de la pentrite (PETN) - un explosif utilisé notamment dans la tentative d'attentat de Noël 2009 sur le vol Amsterdam- Detroit - et muni l'engin, selon la police de Dubai, "d'un circuit électrique relié à une carte de téléphone portable".

Il porte ainsi la signature d'Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), "labellisée" en janvier 2009 par Oussama Ben Laden. Le président américain Barack Obama a affirmé vendredi que les Etats-Unis étaient déterminés à "détruire" Al-Qaida au Yémen. "Le Yémen est déterminé à lutter contre le terrorisme mais par ses moyens propres, et ne permettra à personne de s'ingérer dans ses affaires intérieures", lui a répondu samedi le président Ali Abdullah Saleh.

La présence militaire française en Afghanistan stigmatisée

"La France ne se laissera dicter sa politique par personne et certainement pas par les terroristes." C'était la réponse, vendredi, du président Nicolas Sarkozy au message d'Oussama Ben Laden diffusé mercredi par Al-Jazira. Le « guide » du djihad international y adoubait l'enlèvement des Français au Niger par sa filiale africaine, Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), tout en stigmatisant la présence militaire française en Afghanistan et le vote de la loi sur l'interdiction du voile intégral.

"Deux interprétations sont possibles, résume une source proche des services de renseignement. Soit Ben Laden agit par opportunité, essaie de surfer sur la vague d'Aqmi et en profite pour leur mettre la pression en fixant le niveau des revendications: la loi sur le voile et le retrait des troupes d'Afghanistan. Soit c'est Aqmi qui a demandé à Ben Laden d'appuyer ses revendications pour profiter de son aura et inscrire son action plus encore dans l'agenda international…" "Je n'avais pas besoin des déclarations de M. Ben Laden pour être inquiet " pour les otages français, a encore dit le président français. N'empêche, l'irruption de Ben Laden dans le face-à-face France-Aqmi, n'a rien de rassurant. "Négocier avec une katiba, on peut encore discuter, commente une source policière. Négocier avec Al-Qaida, on risque d'être rapidement coincé…"

 


Edition du Lundi 01 Novembre 2010

Etranger
Entre réalités et exploitations politiciennes
Menaces terroristes

Lorsque la France a renoué fin octobre avec l'agitation des années 2005 qui s'était soldée par la montée de la droite extrême au nom du tout sécuritaire et dont le chef de file devait par la suite occuper l'Élysée, Ben Laden s'est en personne invité dans la crise française.
Découverte par les États-unis de colis suspects en provenance du Yémen. Suspect : Al-Qaïda. Comme pour accréditer l'accusation, le régime de Sanaâ annonce, juste après, avoir détruit sur son sol 26 caches d'explosion de la franchise de Ben Laden dans la péninsule arabique. 
Ce n'est pas la première fois que cette filiale de l'organisation d'Oussama ben Laden donne des maux de tête aux Américains. L'hiver dernier, ce groupe avait revendiqué un attentat raté contre le vol A330 de la Northwest Airlines, à Detroit. Et tout ceci est porté sur la voie publique juste avant les élections de mi-mandat américaines et dont tous les sondages donnent les démocrates à la traîne derrière les républicains. Obama n'a pas raté l'opportunité pour mettre l'accent sur sa détermination à éradiquer le terrorisme qui frappe à ses portes. Loin de nier les menaces d'Al-Qaïda sur les États-Unis, il est tout de même tentant de faire un rapprochement avec les difficultés que traverse le pouvoir américain. Cela rappelle les mandats de Bush durant lesquels Ben Laden s'invitait lorsque celui-ci était en difficulté à l'étranger et chez lui. Le tour a bien fonctionné durant huit années et Bush, ne doit-il pas son second mandat à la situation sécuritaire ? Et ce ne sont pas des fantasmes puisque même l'Europe est servie par Al-Qaïda. 
Les annonces d'attentats déjoués et d'alertes en Europe, qui s'étaient multipliées à une cadence rapide en été, devaient certainement signer qu'un danger était probable, tout comme la possibilité d'une exploitation politique, avaient estimé des experts. La Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne et la France ont profité de ces moments pour faire passer des lois drastiques, revenant sur des acquis sociaux. L'Europe a bien transpiré à la fin de l'été avec les multiples projets  déjoués d'attaques simultanées en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, planifiées au Pakistan en lien avec Al-Qaïda. 
La France est en état de vigilance accrue depuis l'enlèvement, revendiqué par Aqmi, de sept personnes dont cinq Français au Niger. Là aussi, l'événement s'était déroulé au moment où s'affrontaient syndicats et pouvoir à propos de la loi sur les retraites. Et lorsque la France a renoué, fin octobre, avec l'agitation des années 2005 qui s'était soldée par la montée de la droite extrême au nom du tout sécuritaire et dont le chef de file devait par la suite occuper l'Élysée, Ben Laden s'est en personne invité dans la crise française. C'est la première fois qu'il s'adresse à un peuple autre que le peuple américain ; Ben Laden change de cible, pour ainsi dire. Et ce message n'est pas seulement un avertissement à la France, c'est aussi une mise en perspective des actions d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui, depuis 2006, multiplie les enlèvements d'otages occidentaux, les opérations de contrebande et de trafic. Depuis l'été, des contradictions ont éclaté un peu partout à travers les pays occidentaux, portant les revendications de leurs populations dans la rue. Et la bulle médiatique qui a mouvementé ces alertes réelles n'a pas cessé de se gonfler. 
Au point où certains commentateurs n'ont pas hésité à s'interroger sur l'explosion de ces menaces et les agendas politiques de certains grands pays. Aux États-Unis, les républicains n'ont pas raté l'occasion pour démontrer les failles de l'administration du président Barack Obama qui, lui, peut chercher à montrer à quel point il est mobilisé dans la lutte antiterroriste à l'approche des élections de mi-mandat de ce mois. En France, l'opposition de gauche a soupçonné d'arrière-pensées politiques le pouvoir du président Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, à un an et demi de la fin de son mandat. L'ex-candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, a évoqué "une part de mise en scène". Cela dit, le risque terroriste est une menace réelle, fréquente et constante.

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Aqmi : Abou Zeid ne serait pas celui qu'on croit, selon Mokeddem

27/10/2010 à 21h:09 Par Cherif Ouazani
Membres d'Aqmi posant dans le Sahara.Membres d'Aqmi posant dans le Sahara.© AFP

Le journaliste algérien Mohamed Mokeddem, alias Anis Rahmani, affirme dans un livre sorti à l'occasion du XVe Salon du livre à Alger que tout le monde se trompe sur la véritable identité d'Abdelhamid Abou Zeid.

Le journaliste et directeur du quotidien algérien arabophone Ennahar, Mohamed Mokeddem (plus connu sous son nom de plume, Anis Rahmani), est réputé pour ses informations sécuritaires. Il révèle dans un ouvrage paru aujourd'hui à l'occasion de la Foire du livre d'Alger (Al-Qaïda au Maghreb islamique, contrebande au nom de l'islam, Éditions Casbah)  qu'Abdelhamid Abou Zeid, chef du commando d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) n'est pas … Abou Zeid. Ou plutôt, n'est pas celui qu'on croyait être depuis plusieurs années.
Selon Mokeddem, il s'appellerait en réalité Mohamed Ghadir, et non Abid Hamadou, comme l'atteste le mandat de recherche émis par Interpol, en 2006. Cette affirmation contredit également les documents établis jusqu'à maintenant par le FBI et par la CIA, ainsi que les éléments anthropométriques figurant sur la liste rouge des individus recherchés, établie par les services des Nations unies.
Cette méprise, selon Mohamed Mokeddem, s'explique par le fait que les deux hommes « ont la même histoire : tous deux étaient à l'origine des contrebandiers qui ont rejoint le Front Islamique du Salut (FIS - matrice politique des groupes islamiques armés algériens) de leurs communes respectives ». Ils ont « le même profil : un frère et deux cousins qui se sont alliés à eux et ont rejoint les groupes armés », ajoute le journaliste. Pour argumenter sa thèse, Mokeddem affirme que Mohamed Ghadir est blanc, né dans la région de Debdeb, non loin de la frontière libyenne, tandis qu'Abid Hamadou, né à Touggourt dans le département de Ouargla (à 800 km au sud d'Alger), était noir. Ce dernier aurait été tué par l'armée dans le Sahara dans les années 1990, sans que son décès ait été enregistré.
Pour les besoins de son enquête, l'auteur affirme avoir recouru aux témoignages de membres de la famille des deux hommes. Il a confronté leurs photos auprès de leurs mères, ainsi qu'auprès de « repentis » (anciens combattants islamistes radicaux amnistiés par le chef de l'État, Abdelaziz Bouteflika). Il a également fait appel au témoignage de l'ancien otage français, Pierre Camatte, enlevé le 25 novembre 2009 et détenu par Abou Zeid jusqu'en février 2010.
Germaneau serait mort d'une crise cardiaque avant la date donnée par Aqmi
Autre révélation de Mohamed Mokeddem : l'otage Français Michel Germaneau, enlevé le 19 avril, et dont Aqmi avait annoncé l'exécution, en juillet, en représailles de l'opération militaire franco-mauritanienne contre une base des salafistes dans le Nord Mali, serait mort en réalité « d'une crise cardiaque début juillet ». Ses sources sont des « commerçants algériens qui ont des liens au Mali », où l'otage était détenu et des « sources liées à la situation sécuritaire dans la région du Sahel ».

Zones d'activité d'Aqmi en Afrique.

© Jeune Afrique

Une stratégie d'expansion vers le Nigeria
Abou Zeid est apparu dans les réseaux terroristes en 2003 comme adjoint d'Abderazak le Para, lors de l'enlèvement de 32 touristes européens. Il est considéré comme responsable d'une série de rapts, dont celui du Britannique Edwin Dyer exécuté en juin 2009 et, plus récemment, de cinq Français, un Malgache et un Togolais, le 16 septembre, dans le nord du Niger.
Mohamed Mokeddem assure que le business du rapt fait vivre l'Aqmi. « Les rançons sont transférées pour l'achat de munitions et d'armements. Ce marché est très important au Mali et au Niger », où des militaires et d'anciens rebelles touaregs cèdent leur matériel. Une partie des fonds, assure-t-il, est blanchi notamment « dans le fast-food et le transport ».
Le troisième scoop de Mohamed Mokeddem, fin connaisseur des réseaux djihadistes, n'est pas le moins inquiétant. Il affirme que la présence d'Aqmi dans le Nord Mali n'est qu'une étape dans sa stratégie qui vise à une implantation au Nigeria. Pour étayer son propos, il cite l'apparition de Boko Haram, une secte qui a provoqué ces deux dernières années des centaines de morts après des affrontements contre la minorité chrétienne et contre les forces de l'ordre dans les Etats du Nord-Nigeria.
« L'avenir de l'Aqmi, conclue Mohamed Mokeddem, est au Nigeria, pas au Sahel. » (avec AFP)

Abou Zeid décrypté par son ancien prisonnier

JDD

dimanche 31 octobre 2010
Qui est le chef d'Aqmi adoubé par Ben Laden ? Les réponses de Pierre Camatte, qui fut son otage.
"Je n'ai jamais vu vu une photo plus ressemblante à l'homme que j'ai eu en face de moi." Pierre Camatte, 62 ans, ne pourra jamais oublier ce visage « ridé par le soleil, avec une petite barbe blanchissante, un regard perçant ». Le visage d'Abou Zeid, qui a commandité l'enlèvement du retraité français, le 26 novembre 2009, dans le nord-est du Mali, qui a aussi ordonné l'exécution de Michel Germaneau en juillet dernier.
Pierre Camatte est sans aucun doute la personne la mieux placée en France pour identifier cheikh Abou Zeid, l'un des chefs d'Al- Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Il avait déjà cru le reconnaître sur les photos, diffusées le 29 septembre, des sept otages enlevés au Niger. "J'ai vu Abou Zeid pour la dernière fois le 22 février dernier, la veille de ma libération. Il était venu me poser des questions sur Internet, son fonctionnement. Il m'a demandé si je connaissais des sites de cartographie."
"Le plus dur, le plus politique, le moins avide"
A ce moment-là, l'otage Camatte ne sait pas qu'il a affaire à Abou Zeid, mais il a compris depuis leur première rencontre que cet homme petit et maigre qui lui faisait face était un chef. "Il était souvent isolé des autres ravisseurs, il avait des documents par terre, il téléphonait beaucoup, ses hommes allaient le voir individuellement pour chercher des ordres. Je voyais bien qu'il détenait une forme d'autorité." Durant les 89 jours de sa détention, le chef de la katiba (groupe de djihadistes) s'est adressé à l'otage français à quatre reprises.
"Il m'interrogeait en arabe, d'un ton neutre. Il avait un traducteur qui me parlait en anglais. " L'Algérien Abdelhamid Abou Zeid est l'un des chefs les plus radicaux d'Aqmi. "Le plus dur, le plus politique, le moins avide", selon une source policière. En 2003, lors du spectaculaire enlèvement de 32 touristes européens par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), dans le Grand Sud algérien, Abou Zeid apparaît pour la première fois sur le devant de la scène djihadiste.
D'après le mandat de recherche émis par Interpol en 2006, il serait né à Touggourt (600 km au sud d'Alger). Ce que contredit le journaliste algérien Mohamed Mokeddem dans son livre Al-Qaida au Maghreb historique, contrebande au nom de l'islam (Casbah). Pour lui, Abou Zeid s'appellerait en réalité Mohamed Ghadir et serait né dans la région de Debdeb, à la frontière libyenne. Aujourd'hui, l'islamiste commande la katiba Tareq Ibn Ziyad, qui regroupe quelque 200 hommes basés dans le nord du Mali. "Des jeunes de 25-30 ans, selon Pierre Camatte, qui se définissaient comme des moudjahidin. Ils se réunissaient plusieurs fois par jour pour réciter le Coran. Mais sous couvert d'idéologie salafiste, ce sont des bandits. Ils volent tout, l'argent, les voitures, les téléphones portables, les ordinateurs." Abou Zeid observait jusqu'à présent une distance avec l'Afghanistan, où il ne s'est jamais rendu. "Mais le message de Ben Laden adoube son action, constate Pierre Camatte. Il va se sentir intouchable, béni de Dieu."

Aqmi, un business à désert ouvert

Par Libération - 31/10/2010

Enquête au Mali sur ces anciens bandits reconvertis dans un juteux jihad.

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    © IDE

Les prises d'otages occidentaux menées par ou pour Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) au Sahara, c'est aussi du business. Un business rentable. Les renseignements maliens estiment à 50 millions d'euros les montants versés dans le Nord-Mali entre 2003 et 2010, au rythme moyen de deux prises d'otages par an - un tempo qui s'accélère depuis deux ans. Selon un responsable de la police malienne, «des voyous sont en train de se spécialiser dans le rapt d'étrangers pour les revendre à Aqmi». Chaque Européen enlevé par des complices d'Al-Qaeda serait «revendu» aux terroristes pour des tarifs allant de 15 000 à 300 000 euros. Les ressortissants américains et britanniques ne sont pas visés, puisque leurs gouvernements refusent de payer des rançons. Les sommes versées par certains pays européens, en revanche, se comptent en millions d'euros. Elles sont livrées en billets de banque dont l'authenticité est minutieusement vérifiée par Aqmi.

Pluie d'argent. Le 23 août, deux otages espagnols ont été libérés en échange d'une forte rançon et de la libération «d'Omar le Sahraoui», un homme d'Aqmi de nationalité malienne, détenu en Mauritanie. Le quotidien espagnol El Mundo, citant un conseiller du gouvernement algérien, a évoqué un montant de 7 millions d'euros. Autrement dit, une pluie d'argent dans le désert et des zones de grande pauvreté où seules deux activités légales sont possibles : l'élevage ou le tourisme. Le magot, une fois reçu, serait caché très loin des lieux de libération effective des otages. Il servirait à enrôler de nouvelles recrues, à payer les intermédiaires qui négocient la libération des otages, et à acheter des armes, au Tchad ou auprès de marchands qui font le déplacement jusqu'aux hommes d'Aqmi. A Bamako, l'organisation est soupçonnée d'investir dans le foncier, en achetant terrains et villas.

Ses chefs ont d'abord été des bandits. L'Algérien Mokhtar Belmokhtar, 38 ans, était contrebandier avant de devenir l'émir d'un mouvement terroriste algérien, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Marié à une femme touarègue, il est connu au Mali sous le nom de «Laouer» («le Borgne») et pour son profil de caïd. «Il est d'abord et avant tout intéressé par l'argent, même s'il se radicalise de plus en plus», affirme un diplomate européen.

Quant à Abou Zeid - l'homme qui détient depuis le 16 septembre les sept employés d'Areva et Satom enlevés à Arlit -, c'est lui aussi un ex-trafiquant du Sud algérien ayant versé dans le terrorisme. A la tête d'une autre katiba (phalange) d'Aqmi, il affiche une ambition plus clairement politique que celles de Belmokhtar. Deux otages sont morts entre ses mains : le Britannique Edwin Dyer, en juin 2009, et le Français Michel Germaneau, en juillet dernier. Selon un diplomate, les rivalités internes d'Aqmi rendent la gestion des prises d'otages de plus en plus difficile.

Les katibas du mouvement, qui se réclame d'Al-Qaeda depuis le 11 septembre 2006 et a revendiqué plusieurs attentats sanglants à Alger, opèrent sous l'égide plus ou moins lâche d'Abdelmalek Droukdel, 40 ans, chef de l'ancien GSPC. Au départ, ils étaient une centaine de membres, avec un noyau central issu du maquis algérien, dont quelques-uns ont été formés en Afghanistan et beaucoup recrutés en Mauritanie. Désormais, les chefs ne sont plus seulement algériens et le mouvement a pris racine au Mali. Le quatrième émir d'Aqmi, Abdelkrim, est notamment un imam touareg de nationalité malienne. L'organisation, qui compte entre 450 et 500 hommes - au tiers des Mauritaniens -, recrute partout : dans le désert, parmi les migrants africains qui tentent le passage vers l'Europe, mais aussi dans les mosquées de la sous-région, en repérant les fidèles les plus assidus et en leur proposant de l'argent. «On rejoint Aqmi pour trois grandes raisons, note un connaisseur du dossier : par nécessité le plus souvent, par conviction parfois, ou pour jouer les Rambo.»

Age moyen de 25 ans. Les combattants, dont l'âge moyen tourne autour de 25 ans, communiquent entre eux en arabe et en anglais. Plusieurs nationalités africaines cohabitent donc au sein d'Aqmi : Algériens, Mauritaniens, mais aussi Marocains, Maliens, Nigérians, Ivoiriens, Burkinabés et Camerounais. «C'est un Sénégalais formé en Arabie Saoudite qui traduit en arabe les bulletins de Radio France Internationale», affirme Serge Daniel, le correspondant de la radio française et de l'AFP à Bamako. Selon des sources diplomatiques, Aqmi ne compte aucun élément non africain - ce que conteste un journaliste malien, qui affirme avoir vu dans les environs de Kidal (est du Mali) un Pakistanais et un Indonésien liés à Aqmi.

Dans l'espace propice à l'illégalité que représente le désert, des formes diverses de criminalité se superposent. Migrants, cigarettes, armes, drogue… Même les denrées alimentaires font l'objet d'une contrebande entre l'Algérie et le Mali. Aqmi ne se mêlerait pas du trafic de cocaïne, mais pourrait prélever un droit de passage. Selon Yvan Guichaoua, chercheur d'Oxford, spécialiste des groupes armés de la région, l'habillage islamiste d'Aqmi cache aussi des trafics lucratifs. «Ces hommes sont perçus à Tamanrasset comme les plus grands fraudeurs, disposant des meilleurs 4 x 4», explique-t-il.

Si toute la communauté touareg du Mali ne peut pas être considérée en bloc comme complice, l'argent des rançons est largement redistribué dans le désert. A Kidal, dernière ville du pays avant la frontière algérienne, réputée être le fief d'Aqmi, des villas aux allures de palace ont été construites ces dernières années, et des 4 x 4 rutilants circulent dans les rues sablonneuses. «Aqmi est en immersion dans la population, explique le patron d'un journal malien. Ces gens sont devenus malgré nous nos parents, et il n'est pas possible de les dénoncer. Si je donne ma fille à un combattant d'Aqmi qui me met dans un confort relatif, je n'irai pas le livrer à un Etat qui n'a jamais rien fait pour moi.» L'absence de perspectives pour les jeunes et la faiblesse des programmes de développement jouent en faveur du mouvement.

Pas «clean». Les intermédiaires qui servent à négocier la libération des otages sont officiellement des notables et des élus touaregs, mais ils ne sont pas «clean», selon un haut responsable de la police : «On ne connaît pas la nature de leur contact avec Aqmi, ni en amont ni en aval des prises d'otages.» Iyad Ag Ghali, l'intermédiaire actuel entre les autorités maliennes et l'émir Abou Zeid, est un homme qui montre plusieurs visages : chef rebelle dans les années 90, il est toujours donné comme «marchand d'armes» par les renseignements d'un pays voisin du Mali. Il a œuvré à la libération de plusieurs otages, de 2003 à 2007, avant d'être nommé premier conseiller au consulat du Mali à Djedda, en Arabie Saoudite, d'où il est revenu il y a seulement quelques mois. Iyad Ag Ghali est aussi prêcheur, au sein d'une dawa (mission prosélyte) pakistanaise installée depuis les années 90 au Mali. Rien à voir avec une quelconque radicalisation de l'islam touareg : «Cette dawa est pacifiste, non politisée, adepte d'un islam introspectif et non jihadiste», explique une spécialiste de l'islam malien.

La présence d'Al-Qaeda au Maghreb change surtout la donne en pays touareg sur le plan financier. «Les jeunes ne sont plus seulement les obligés de leur chef militaire touareg de l'ex-rébellion, note un officier de l'armée de l'air malienne. Il y a des opportunités d'affaires, et ça rajoute à la pagaille. On tombe sur des situations absurdes, comme un simple berger qui possède un téléphone Thuraya.» Cet appareil satellitaire permet de communiquer partout, sans être repéré. Le même berger, quand il voit une colonne de véhicules passer, peut aussi bien prévenir des bandits touaregs que des trafiquants algériens, des membres d'Aqmi, l'armée mauritanienne, les services algériens ou une combinaison fluctuante de ces différents interlocuteurs…

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