mercredi 13 octobre 2010

Discours de rentrée parlementaire: Dioncounda règle ses comptes avec GMT

Discours de rentrée parlementaire:
Dioncounda règle ses comptes avec GMT

Ce qui est arrivé lundi après-midi à Bagadadji est tout, sauf de l'oubli
involontaire à mettre sur le compte de l'amnésie ou d'un quelconque lapsus: les
23 ans de règne de Moussa TRAORE ont été proprement gommés de l'histoire du Mali
cinquantenaire. Celui-ci, à en croire Dioncounda TRAORE, président de
l'Assemblée nationale, un creuset de l'unité de la nation, se résumant, en
termes de parcours sans faute, en 2010, à : 8 ans RDA, 14 mois CTSP, 10 ans
ADEMA et 8 ans ATT.


Historien victime de myopie et politologue partisan, Dioncounda TRAORE, le
titulaire du perchoir de l'Assemblée nationale, a surpris plus d'un à
l'ouverture de la session parlementaire 2010-2011, lundi dernier, à l'Hémicycle
de Bagadadji, par son discours-bilan des 50 ans du Mali indépendant, en termes
d'acquis à mettre uniquement sur le compte des régimes RDA, CTSP, ADEMA et ATT :
«Durant ces cinquante ans, le président Modibo KEITA et ses compagnons, après
avoir conduit notre pays à la souveraineté politique, ont procédé à de très
grandes réformes telles celles de l'éducation nationale, ont créé de nombreuses
unités industrilles et ouvert de nombreux chantiers économiques sociaux et
culturels pour assurer les premiers pas du Mali indépendant. Vint trois ans
après la première République, Alpha Oumar KONARE et ses camarades, après
quatorze mois d'une transition conduite par le lieutenant-colonel Amadou Toumani
TOURE, se sont vu confier, par peuple malien, la redoutable mission d'organiser
la troisième République, de conduire notre processus de démocratisation et de
créer un État respectueux des droits fondamentaux et de la dignité de l'homme.
Pendant ces dix premières années de la troisième République, le Mali a connu un
véritable changement et la nation malienne a suscité de plus en plus de respect
et d'estime pour sa démocratie et ses efforts pour le développement. Ensuite est
arrivé le général Amadou Toumani TOURE qui s'est évertué à consolider les acquis
et à ouvrir de nombreux chantiers pour le développement et le mieux-être de
chaque Malienne et de chaque Malien».

Mépris paradoxal
En termes plus clairs: les 23 ans de règne CMLN-GMT, superbement ignorés, sont
implicitement assimilés à un «trou noir», si ne c'est un «vide abyssal» dans
lequel le Mali a été plongé au point d'être la dernière des nations. Une façon
de dire que le cinquantenaire du Mali n'inclut pas les 23 ans de Moussa TRAORE.
Aussi, dans l'esprit de Dioncounda TRAORE, le Mali devrait-il normalement
célébrer son cinquantenaire en «2034».

Mais, ce mépris est pour le moins paradoxal dans la mesure où, après la chute de
GMT, le parti que dirige aujourd'hui Dioncounda TRAORE, l'ADEMA-PASJ, a puisé
dans le vivier politique de l'UDPM, le bras civil de Moussa TRAORE, comme révélé
publiquement par M'Bouillé SIBY, membre du BEC, lors du procès crimes de sang en
1992 : 70 des 75 députés ADEMA, de la législature 1992-1997, étaient d'anciens
responsables UDPM (anciens députés, SG de comité, section ou sous-section, de
structures UNFM ou UNJM, etc.). Si le parti ADEMA était sûr de son fait
«révolutionnaire» et du «néant» que représentait GMT à travers l'UDPM, pourquoi
est-ce qu'il a «accepté» dans ses rangs des gens «incapables, criminels,
tortionnaires et même apatrides»; alors que le CNID-FYT, qui prônait le «kokajè»
(laver propre), était taxé de tous les maux d'Israël comme le parti qui ne
voulait pas «la réconciliation des cœurs et des esprits» dans un Mali «apaisé et
uni dans sa diversité»?

Les chantiers GMT
Or, qu'on le veuille ou non, les 23 ans de GMT ont été aussi ceux de grands
chantiers: les barrages de Sélingué et de Manantali, la CMDT (mamelle financière
de l'État et de 3 millions de paysans pendant plus de deux décennies), aéroport
de Sénou, l'UMPP (le Mali exportateur de sérums et de médicaments génériques),
Pont Fahd, Palais de la Culture Amadou Hapâté BAH, Télévision, alphabétisation
fonctionnelle en zone CMDT, LCV (Laboratoire central vétérinaire de Sotuba), le
Prytanée militaire de Kati, l'EMIA (Ecole militaire interarmes) de Koulikoro, la
politique des CESCOM (centres de santé communautaires), les biennales
artistiques et culturelles, les milliers de goudron (Bamako-Ségou;
Bamako-Bougouni; Faladié-Pont des martyrs; aéroport de Sénou-Pont Fahd; Avenue
de l'indépendance; Sévaré-Gao, qui dépasse en longueur tous les goudrons mis par
l'ADEMA en 10 ans; etc.)...

D'autre part, Dieu seul sait que «nul ne règne impunément» et que chaque régime
a ses «cadavres dans le placard» de l'histoire, même si l'on peut admettre que
«comparaison n'est pas toujours raison», avec néanmoins le bémol de la Charte de
Kurukanfuga qui stipule que «toute vie et vie» et que, par conséquent «une vie
n'est pas supérieure à une autre vie». Donc, un cadavre de Malien est un cadavre
de Malien, grand ou petit, icône nationale ou simple anonyme, par la faute de la
gouvernance policière, ostentatoire ou sournoise.

L'esprit de Kurukanfuga violé
Par ailleurs, cette attitude de Dioncounda TRAORE face à l'histoire trahit les
enseignements de la Charte de Kurukanfuga, proclamée en 1212 (selon le Pr.
Youssouf Tata CISSE, citant le grand traditionaliste Krina Wa KAMISSOKO), que le
Mali vient de revisiter à la faveur du cinquantenaire comme un des legs majeurs,
sinon le plus fédérateur, de l'Empire du Mali. En effet, la Charte de
Kurukanfuga est la synthèse de trois vécus, us et coutumes du pays Soninké, du
Sosso et du Mandé : les réformes sociales du roi vaincu du Sosso, Soumahoro
KANTE, en ce qui concerne la lutte contre l'oisiveté ou le chômage et
l'interdiction de la pratique de l'esclavage par le razzia; le serment des
chasseurs ou «donso kalikan», en matière de libertés et des droits de l'homme;
l'organisation sociale, politique et administrative avec deux importantes
innovations majeures comme la décentralisation effective et l'institution du
«cousinage à plaisanterie» (sinankuya) entre différents groupes sociaux. Mieux,
chaque fois que l'hymne à Soundjata KEITA, vainqueur de Soumahoro KANTE, est
déclamé, les griots marquent une pause pour saluer le héros Soumahoro en qualité
de «premier roi véritable du Mandé» et vainqueur de 9 batailles sur 10 avant sa
défaite à Kirina en 1212 (selon la version du Pr. Youssouf Tata CISSE).
Les deux faces de la médaille
Comme quoi, tout n'est pas à rejeter chez le vaincu et que l'avenir ne peut
sortir du passé en restant campé sur ses ressentiments, en continuant à
regarder, de façon sélective, dans le rétroviseur de l'histoire au lieu d'avoir
les regards fixés sur le devant. Car, le bilan réellement critique n'est ni 100%
négatif chez GMT ni 100% positif avec le RDA, le CTSP, l'ADEMA et ATT. Il y a
du bon et du mauvais dans chacun de ces régimes et nul n'a le monopole du
patriotisme qui n'est d'ailleurs pas dans la bouche, mais qui se mesure en
actions concrètes sur le terrain en mettant, en tout lieu et en toute
circonstance, le Mali «au-dessus de ses propres intérêts personnels».
D'ailleurs, Dioncounda TRAORE lui-même le reconnaît : «Certes, ce qui a été fait
peut paraître dérisoire eu égard à l'immensité de ce qui reste à faire,
notamment pour l'éducation, la santé, la justice. Mais, nous devons être fiers d
ce que nous avons accompli en si peu de temps et, tout en tirant les leçons de
nos échecs, nous devons puiser dans victoires l'énergie et le courage
nécessaires pour que, dans cinquante ans, ceux qui fêteront le centenaire de
notre indépendance puisent se féliciter eux aussi de nouvelles et grandes
victoires remportées et par le Mali et par l'Afrique unie et prospère».

Combien sont ceux qui vilipendent aujourd'hui GMT, mais qui se sont indûment
enrichis sur le dos du peuple malien en un temps record alors qu'ils «rasaient
les murs» quelques mois auparavant ?
Car, ce n'est un secret pour personne que les «démocrates convaincus et
patriotes sincères», pour la plupart des fonctionnaires de l'État, sont plus
riches que les commerçants eux-mêmes, à telle enseigne que, maintenant, les
hommes d'affaires investissent eux aussi le champ politique devenu «le chemin le
plus court et le plus rapide de se faire la poche».

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD

Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
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