vendredi 27 août 2010

Le PDES et l'héritage d'ATT: un lourd fardeau à porter !

Le PDES et l'héritage de ATT:
Un lourd fardeau à porter!

Le pimpant des routes goudronnées, jalonnées aussitôt de nids de poule, et le
clinquant des logements sociaux, distribués à la tête du client, voilà le vernis
du régime ATT dont voudrait se draper le nouveau parti-PDES-en se proclamant
«héritier» de Koulouba devant Dieu et les hommes, mais qui offre en dessous, une
fois faiblement gratté, un visage hideux, symbole de la décrépitude avancée dans
tous les domaines et dans tous les sens.


Pour ne prendre que l'exemple de l'actualité brûlante au nord du Mali avec
l'assassinat d'un otage français, Michel GERMANEAU, le 22 juillet dernier, par
AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique), le PDES, qui portera haut et fort le
flambeau du président ATT, au terme d'un second mandat tourmenté en 2012,
héritera, à n'en pas douter, d'un pays dont la souveraineté territoriale est
remise en question par les faits «gravissimes» qui s'y déroulent, parce que
soumis à la coupe réglée des terroristes islamistes, des bandits armés, des
trafiquants en tous genres, etc.

L'Accord scélérat d'Alger
La première atteinte à la souveraineté de l'État malien, que le régime ATT
traînera comme un boulet rouge jusqu'à la fin des temps, c'est la signature du
fameux Accord tripartite d'Alger, en 2006, entre le Mali, l'Algérie et
l'Alliance démocratique pour le changement (ADC, la branche politique de la
rébellion armée du même nom). En effet, par cet accord, les deux États (le Mali
et l'Algérie) sont mis sur le même pied d'égalité que Kidal, région éponyme
considérée implicitement comme la capitale du territoire revendiqué par ladite
alliance. C'est d'ailleurs ce qui a permis à l'Algérie de figurer dans le
«gouvernement local» pour gérer toutes les questions se rapportant justement à
Kidal, en matière de développement comme de sécurité, à travers le Comité de
suivi de l'Accord d'Alger.

Et, le plus grave à ce sujet, c'est la violation du principe républicain de
l'égalité des citoyens devant la loi et dans l'administration publique. Car, non
seulement les soldats mutins sont réadmis dans l'armée sans aucune sanction
réglementaire; mais un quota leur est réservé en priorité pour constituer
l'essentiel des éléments recrutés dans les unités spéciales; sans compter que,
en violation des règles élémentaires en la matière, lesdits éléments sont
uniquement affectés à Kidal avec la garantie de l'inamovibilité contraire au
métier des armes. Ce qui accrédite, du coup, la thèse que les forces régulières
y sont considérées comme une «armée étrangère d'occupation» qui devra plier
bagage, un jour ou l'autre, pour laisser la place à une vraie armée
«autochtone».
Le monstre AQMI
Les islamistes d'AQMI (Al Qaïda pour le Maghreb islamique) se sont engouffrés
dans cette brèche pour prendre souche dans le Nord du Mali et s'y mouvoir à leur
guise, en se livrant à toutes sortes d'activités illicites: prise d'otages,
rançon, assassinat, trafic de drogues. Ils s'y sont bien implantés au point
qu'ils contrôlent impunément une bonne partie du territoire national, au nez et
à la barbe de l'Armée nationale qui s'accommode de cette présence incongrue en
invoquant le manque de moyens et de ressources (ce qui n'est pas faux). De fait,
le Mali n'exerce plus sa souveraineté totale sur l'ensemble de son territoire
national: ni forces de sécurité, ni administration publique, ni école, ni centre
de santé.

Pour s'y maintenir, comme dans un jeu de donnant-donnant, ces islamistes ont
créé et entretenu des réseaux de trafiquants de drogue, en complicité avec
certaines gens établis dans le désert, dont le cas le plus retentissant aura été
l'épisode du fameux «Cocaïne Airline» qui a déversé, en juin 2009, une quantité
importante de stupéfiants dans une commune rurale de Gao (Tarkint). Des
ramifications de ces réseaux sont même identifiées dans le proche entourage du
régime, avec la menace d'une publication des noms qui plane sur la tête de ces
mafiosi tropicaux. Ceci explique-t-il cela ?

Le génocide scolaire
A côté de ces problèmes du Nord, l'école malienne ne constitue pas moins une
préoccupation également aiguë de l'actualité brûlante avec les grèves perlées
qui ont paralysé, des semaines durant, le déroulement normal des cours dans tous
les ordres d'enseignement; la dernière en date étant celle du SNESUP dont la
trêve de 15 jours, négociée par le chef de l'État en personne, a pris fin le 31
juillet dernier. Ces grèves, en réalité, ne sont que la résultante de la
déconfiture du système éducatif lui-même qui s'enfonce de jour en jour dans la
profondeur des abimes de la contreperformance et de l'ignorance.

Si les problèmes du système scolaire n'ont pas commencé avec le régime ATT, il
est indéniable que la situation a empiré sous le règne du général-président avec
un degré insoupçonné dont les résultats catastrophiques du DEF 2010 ne sont que
symptomatiques. Étant peu porté sur le savoir pour avoir qualifié les
intellectuels d'hommes non indispensables pour développer le pays (il a même
fait un émule en Guinée Conakry avec le capitaine Moussa Dadis CAMARA qui a
soutenu, dans son sillage, que l'on n'a pas besoin de sortir de la Sorbonne ou
d'Oxford pour développer un pays), ATT a laissé se perpétrer un véritable
génocide contre l'école publique au Mali. Celle-ci demeurant incontestablement
le baromètre du système en dépit de ses déclarations flatteuses en faveur des
performances exceptionnelles de l'école privée où sont inscrits les enfants des
cadres nantis du pays, mais dont on ne connaît aucun héritage familial pour
supporter un coût si élevé des frais d'études (plus de 500 000 FCFA par enfant
dans une école privée).

Or, c'est connu hier, aujourd'hui comme demain: l'école est le soubassement de
la société et si elle n'est pas bien solide, la société en question s'écroule
inéluctablement avec des conséquences incalculables sur tous les aspects de la
vie. Une seule année «perdue» ou sérieusement perturbée pouvant impacter la vie
socioéconomique et culturelle de 5 générations sur 100 ans au moins.

La cherté de la vie
Le troisième grand héritage du règne ATT, qui n'a point quitté le devant de
l'actualité non plus, n'est autre que la vie chère au Mali avec un paradoxe
inouï: plus on subventionne les produits de grande consommation, plus ces
produits sont chers sur le marché, dans un contexte de chômage généralisé et de
faible pouvoir d'achat parmi les plus bas de la sous-région. La dernière
trouvaille, l'Initiative riz, elle, a été un vrai scandale financier et social.
Non seulement, elle a englouti plus de 45 milliards du contribuable malien; mais
aussi, elle n'a pas comblé les espoirs escomptés. En effet, pendant qu'on
annonçait 100 000 tonnes d'excédents, en 2009, le pays a été contraint
d'importer du riz subventionné qui a été vendu à prix d'or sur le marché
national (30 000 FCFA pour 100 kg, alors que le SMIG dépasse à peine 20 000
FCFA). Cette année, à quelques encablures du mois béni de ramadan, période de
grande consommation des denrées alimentaires (mil, lait, sucre et huile), les
commerçants ont décidé de frapper fort par l'augmentation des prix des denrées
de première nécessité. Le lait (2 600 FCFA/kg), le sucre (600 FCFA/kg), le
haricot (400 FCFA/kg), le riz (350 FCFA/kg), le mil (250 FCFA/kg), le maïs (225
FCFA/kg), l'huile (800 FCFA/L) ont connu une augmentation vertigineuse de leur
prix sur les marchés locaux. La tendance n'est malheureusement pas à la baisse,
à l'horizon 2012.

Le cancer de la corruption
La corruption, qui est la résultante de tous ces dysfonctionnements du régime
ATT, n'est pas non plus l'héritage le moins lourd à porter par le PDES qui
risquera, comme son mentor, de se casser les dents en voulant le corriger, faute
de volonté politique réelle. En effet, pour paraphraser le Pr. Dialla KONATE (un
Malien de la diaspora), la corruption n'a jamais prospéré au Mali qu'après la
tenue du Forum national sur la corruption en 2008. En attestent les différents
rapports des services de contrôle d'États, comme la Cellule d'appui aux
services de contrôle de l'administration (CASCA), ou autonomes, comme le Bureau
du vérificateur général (BVG), dont les différents audits ont révélé des manques
à gagner pour l'État pouvant s'élever à plusieurs centaines de milliards FCFA.
Nous passons sous silence les autres passifs d'ATT, notamment dans le domaine
politique: le mépris ou la négation du fait partisan. En effet, malgré la faible
représentativité électorale des indépendants, ces derniers ont toujours été
gratifiés du nombre le plus important dans les gouvernements successifs, de 2002
à nos jours. En d'autres termes, le peuple malien exprime son choix majoritaire
à l'issue des élections législatives et communales, mais le président ATT décide
de ne pas en tenir compte pour n'en faire qu'à sa tête. Et après, on a le toupet
de s'étonner que les Maliens, gagnés par l'apathie politique, boudent les urnes
à travers un absentéisme très élevé: 80% de l'électorat, de 1992 à nos jours, ne
se sont jamais intéressés à la chose politique et tout est fait, paradoxalement,
pour ne pas les encourager à adopter un comportement contraire avec le bourrage
d'urnes et la manipulation des résultats chiffrés des votes. Les députés et les
maires, pour un grand nombre d'entre eux, étant plutôt «nommés» par Koulouba que
véritablement «élus» par le peuple souverain du Mali.

Nous ne nous attarderont pas non plus sur le cas dramatique de la santé où
l'accent est mis sur les bâtiments, qui poussent comme des champignons au CHU
Gabriel TOURE et au Point G, au détriment de la qualité des soins: nos hôpitaux
sont de véritables des mouroirs pour les pauvres, pendant que les «riches» et
les gouvernants se font soigner de plus en plus dans les pays du Maghreb (Maroc
et Tunisie, principalement). Selon le ministre de la Santé lui-même, Oumar
Ibrahim TOURE, ces évacuations sanitaires coûtent annuellement près d'un
milliard à l'État malien, sans compter les circuits privés dont le nombre est
encore plus élevé.

Or, ce qu'il nous faut, suggère un Malien de la diaspora sur le réseau Internet
Malilink, c'est une vision stratégique qui nous permette de former le plus
rapidement possible des spécialistes dans ces domaines de la médecine, tout en
veillant à construire un hôpital digne de ce nom où ces nouvelles compétences,
aidées par les Maliens de la diaspora, pourront exercer en toute efficacité avec
des équipements adéquats.
Le crise de lèse-président
Mais, l'héritage le plus important du président ATT, qui est en fait un
véritable cadeau empoisonné pour le PDES, est incontestablement l'immixtion de
l'exécutif dans les pouvoirs législatif et judiciaire, en violation flagrante et
inacceptable du principe sacrosaint de la séparation des pouvoirs. L'on se
rappelle, en effet, ces propos de ATT qui, dans l'affaire de la BHM, dit ne pas
comprendre pourquoi un juge de la Cour suprême peut déclarer une personne
innocente et la libérer subséquemment sans se référer à lui es qualité
(président du conseil supérieur de la magistrature). Or, ce titre, hérité de la
royauté, est purement symbolique, de même que le «chef suprême des armées» sans
que le président élu (Alpha Oumar KONARE, par exemple) soit effectivement un
militaire qui ait son mot à dire sur un champ de bataille (fût-il un général «5
étoiles» à la retraite», comme en témoigne le fiasco de l'attaque des casernes
de Kidal et de Ménaka en 2006).

Le plus grave de ces héritages, par-dessus tout, attesté justement par le raid
conjoint de la Mauritanie et de la France, le 22 juillet dernier, contre une des
bases d'AQMI, c'est la présence réelle et effective des armées étrangères sur
notre sol, de façon durable, pour régenter le Nord-Mali à nos lieu et place,
après avoir montré notre propre incapacité, au propre comme au figuré, à
sécuriser cette partie stratégique de notre territoire qui recèle beaucoup de
richesses en dépit des apparences. En vérité, rebelles comme autorités, pour
reprendre l'analyse froide et anticipée d'un Malien de la diaspora, tous ont été
des pions d'un échiquier géopolitique et géostratégique international: créer
l'insécurité à grande échelle dans le Sahara, par les successives rébellions
armées et le terrorisme ambiant, pour justifier ensuite l'arrivée des forces
étrangères censé être mieux pourvues, en moyens humains et matériels, pour
combattre ces phénomènes; alors que la convoitise réelle porte sur les richesses
de son sous-sol (pétrole, gaz, or, uranium).

Les uns dans les autres, nul doute que l'héritage du président ATT sera
difficile à porter par le PDES qui doit avoir l'honnêteté de reconnaître ces
avatars comme «une taie d'eau morte sur l'œil poché de Koulouba» qu'il faudra
travailler à guérir, en véritable ophtalmologue politique, plutôt que de vouloir
le perpétuer au grand désespoir du peuple malien.
En revanche, le vrai héritage qu'un homme d'État puisse laisser derrière lui ne
se mesure pas en termes de béton ou de route comme le laisse croire le
PDES-parti; mais, c'est lorsqu'il aura forgé le nouvel homme, aux confluents de
la tradition et de la modernité, qui soit pétri de valeurs morales et de
qualités professionnelles: mettre l'homme qu'il faut à la place qu'il faut en
permettant à chacun de gagner sa place au soleil grâce à son seul mérite, à sa
compétence et à son efficacité ; mais aussi et surtout, travailler à mettre en
place une justice «égale pour tous», pour que force reste à la loi, rien qu'à la
loi. Le Mali est resté débout malgré les crises qui ont jalonné son histoire
ancienne et récente, parce que la Charte de Kurukanfuga a construit l'homme
(moral) qui veille sur la case commune ; alors que la Côte d'Ivoire s'est
écroulée, en quelques années, parce que Houphouët BOIGNY a réalisé des
infrastructures (routes, des villas inhabitées à Yamoussokro, électrification de
la brousse, etc.) que l'homme mal construit a détruit en quelques heures parce
que nourri de la sève de l'ethnicime, du régionalisme et de la xénophobie dont
le concept de «l'ivoirité» n'est que l'aboutissement logique dans les années
2000. Et le pays des Éléphants fera des décennies, voire un siècle, avant de
pouvoir recoler les morceaux du tissu social parti en lambeaux.
Par Seydina Oumar DIARRA-SOD Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
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