samedi 29 mai 2010

Mobilisation en cours contre la corruption, le projet CARI et pour l’Ecole.

Mobilisation en cours contre la corruption, le projet CARI et pour l'Ecole

Analyses et commentaires d'ensemble sur les courriers reçus

 

 

Apres un débat très intense mené sur la durée d'une dizaine de jours j'espère que nous comprenons mieux la réalité courante de l'école, de la corruption, du texte du CARI. Je vais ici, après l'analyse partielle que j'ai faite précédemment et uniquement relativement à l'école, je vais ici étendre mes commentaires et analyses à tous les sujets objets de notre attention.

 

0- Considérations générales

 

La lecture de vos courriers permettent de distinguer clairement ceux qui sont proviennent d'enseignants et ceux qui ne le sont pas. Il existe une grande solidarité entre enseignants au delà de l'ordre d'enseignement auxquels ils appartiennent. Il n'existe pratiquement aucune distinction ni dans le degré de colère ni dans l'impatience ni dans l'intransigeance entre les jeunes occupant des emplois sous-évalués, les jeunes sans emplois et les enseignants. Par contre les jeunes ayant un emploi ou disposant d'une relative fortune personnelle (ils sont très peu nombreux), ont une position très conciliante et sont dans une position, qu'en France, on dira être de la « droite réformatrice ». Un d'entre eux vivant en dehors du Mali veut même se ranger dans une position « légitimiste » en prenant position contre toute critique d'un membre du gouvernement. De ces « jeunes de droite » nous devons retenir leur attachement à la nécessité de reformer le Mali. Ils ont ce souhait en partage avec nous tous.

Dans l'ensemble des courriers trois éléments, entre autres, sautent aux yeux.

 

Le premier élément est le ralliement systématique des intervenants à des positions très tranchées. Chaque point de vue important regroupe plus de 90% des opinions exprimées.

Le second élément se rapporte à la position des enseignants. Cette position est totalement incomprise en dehors du milieu enseignant. Les enseignants sont solidaires en soutenant sans réserve la lutte actuelle. Les enseignants de l'intérieur, de l'extérieur, les enseignants actifs et les enseignants à la retraite se retrouvent unanimement dans cette solidarité. Ce qui est surprenant est que, face à la situation actuelle très peu de journalistes, de journaux (pour autant que je puis en être informé) semblent avoir ouvert leurs colonnes aux enseignants afin de faire connaitre leurs points de vue. Je n'ai aucune information sur la position des radios de proximité. Notons la position courageuse, démocratique et juste du journal « Info-Matin » de rendre compte fidèlement non seulement de l'opinion des enseignants mais des débats entre maliens. J'espère que ce journal n'est pas le seul dans cette confortante position.

Je ne crois pas que les enseignants eux-mêmes aient fait les efforts nécessaires afin de faire connaitre leurs points de vue. Les enseignants doivent comprendre qu'ils sont entrain de vouloir agir sur les rapports de force au sein de la société malienne. Ce faisant, ils font de la politique même si cela s'appelle du syndicalisme. Les enseignants ont tort de croire qu'ils ont raison uniquement parce leur cause est juste. En politique il n'y a qu'une et une seule façon d'avoir raison. C'est d'avoir le peuple avec soi. Et pour avoir le peuple avec soi, il faut parler au peuple. Là dessus, je vais m'autoriser à blâmer les responsables syndicaux pour avoir manqué à  ce devoir d'information mais aussi je m'autorise à  blâmer l'Ortm. Lorsqu'un conflit social éclate, l'Ortm par souci de justice et d'équilibre dans la distribution de l'information devrait tendre son micro aux travailleurs aussi. Lorsque le conflit s'aggrave le micro de l'Ortm devrait encore être présent pour assurer l'information de tous. Mais le micro de l'Ortm n'apparait du coté des travailleurs que pour montrer furtivement un individu déclarant la fin du conflit social. Les syndicalistes doivent désormais refuser de se prêter à ce jeu antidémocratique consistant à donner la parole à un délégué syndical épuisé venant maladroitement lire un simple communiqué avec la mine d'un chef de brigands repenti.

Bien entendu, le gouvernement en évitant d'associer les populations à un débat aussi important peut obtenir le soutien temporaire des ces mêmes populations grâce aux « plumes » dont il dispose dans la presse et, ainsi, « battre » le mouvement syndical. Cela serait une erreur dans la mesure où l'objectif n'est pas de « battre » ou d'humilier les syndicats mais de négocier avec eux pour trouver une solution honnête et durable à la crise.

 

Le troisième élément sautant aux yeux est le manque de sensibilité des maliens de l'intérieur par rapport aux préoccupations de ceux vivant à l'extérieur. On retrouve ce fait au niveau familial, au niveau social, au niveau officiel. Beaucoup de personnes ne prennent au sérieux le malien vivant à l'extérieur que lorsqu'il s'agit d'appeler l'argent ou lorsqu'il s'agit de le manipuler à la veille d'élections politiques. C'est triste. Et grave.

 

1- Considérations concernant spécifiquement l'école

Il ressort des courriers et après une analyse statistique les éléments proéminents suivants :

Ø      les populations maliennes ne comprennent absolument pas  les revendications des enseignants du supérieur. Cette incompréhension se retrouve dans 95% des courriers que j'ai reçus venant de personnes n'étant pas des enseignants. La cause est sans doute un manque de communication de la part des enseignants.

Ø      Les populations refusent leur solidarité aux enseignants qu'elles considèrent insensibles à l' avenir des enfants et qu'elles considèrent plutôt préoccupés par la recherche exclusive de gains monétaires contrairement aux engagements originels de leur métier. Cependant et en même temps, les populations doutent totalement de la bonne foi du gouvernement. Ce doute est révélé dans 98% des courriers reçus ayant abordé la question.

Ø      Ces populations qui expriment leur méfiance à l'endroit du gouvernement dans 98% des courriers considèrent que ce gouvernement est encore plus digne d'intérêt et de confiance que les partis politiques. C'est-à-dire que 98% des personnes ayant accordé le sujet font plus confiance au gouvernement qu'aux partis politiques contre 2% qui pensent qu'un recours aux partis politiques est préférable au dialogue avec le gouvernement.

 

J'ai la conviction personnelle que le gouvernement ne possède pas la solution de la crise actuelle. A mon avis il va falloir faire appel a un soutien de la population dans son ensemble. Cela évitera d'opérer une ponction financière pour contenter partiellement les enseignants et en même temps planter les graines d'une crise économique et sociale plus profonde. J'ai suggéré un prélèvement volontaire de 1% sur tous les salaires avec le soin d'adosser ce prélèvement à une compensation assurée par les bénéfices bancaires. Cet adossement est un instrument qui permet de faire de cette crise un point de départ d'une relance économique. Si les parties concernées refusent cette idée simple et efficace, plus tard, la dégradation de la situation ne pourra pas être résolue même avec 10% de prélèvements volontaires ou obligatoires.

 

2- Considérations concernant spécifiquement le texte du CARI

Sur ce sujet, la division au sein de notre communauté est très claire. Il ne s'agit pas d'une opposition. C'est que les maliens de l'extérieur ont construit contre le texte du CARI une opposition argumentée. Les maliens de l'intérieur, en général, se contentent d'une condamnation globale du texte sans pour autant aller au delà de positions de principe et sans donner d'arguments.

A 99% ceux des membres de notre communaute vivant à l'étranger considèrent l'article sur la double nationalité comme dangereux même si certains estiment qu'il faut le combattre sans en avoir peur. Il est vrai que ceux-ci dont l'émotion ne va pas jusqu'à avoir peur pour notre pays sont très minoritaires. Ils sont à peine 3%. A la quasi unanimité (97%) les courriers reçus considèrent le projet CARI comme négatif, dangereux et à rejeter sans appel. Les points spécifiquement rejetés par les courriers provenant de l'extérieur concernent la double nationalité et ses aspects « antirépublicains » se rapportant:

Ø      au pouvoir exorbitant accordé au président de la république ;

Ø      à l'affaiblissement du rôle des élus du peuple par la diminution du rôle du premier ministre. Pour autant les courriers disent que les partis politiques se sont disqualifiés de tout intérêt par leurs comportements ;

Ø      à la considération accordée à la rémunération des ministres qui sont des contractuels de haut niveau mais des contractuels cependant. La constitution ne devrait pas être utilisée pour leur accorder encore plus de privilèges que celui énorme de pouvoir servir son pays à un tel niveau de responsabilités ;

Ø      à la considération donnée dans la constitution de la république aux ayants droits des présidents et des premiers ministres. Etre un ayant-droit d'un président ou d'un ministre ne peut donner droit, sauf circonstance exceptionnelle (qui ne relève donc pas de la constitution) à un statut privilégié au sein d'une societe régie par des lois républicaines.

 

3- Considérations concernant spécifiquement la corruption

Tous les courriers (surtout de l'intérieur) s'accordent à l'unanimité sur deux points :

Ø      la corruption au Mali a dépassé toutes les limites et est la première menace à la fois à l'unité nationale mais aussi à l'avenir même du pays ;

Ø      l'état de la justice malienne qui combine des défauts très graves allant de l'incompétence à la corruption est le premier support de la corruption et donc l'instrument aux mains des corrompus pour détruire la société malienne ;

Ø      Tant que la corruption a lieu, la course vers l'argent dans toutes les couches de la population sera inévitable. Et donc les enseignants du fait qu'ils n'ont pas accès à des sources financières publiques ou le vol est endémique, chercheront les moyens d'une vie décente par d'autres moyens y compris au détriment de la déontologie de leur métier.

 

4- Quelles actions envisager ?

Maintenant que nous comprenons mieux les questions, que nous savons mieux comment elles sont perçues au sein de notre communauté, que nous avons une idée de la distribution de nos forces autour de ces questions, nous pouvons à présent examiner nos possibilités d'action.

 

5- Quelles priorités se dégagent de notre débat :

 

Selon vos courriers, nos priorités devraient se présenter dans l'ordre suivant :

1-      Rechercher une sortie rapide de la crise actuelle de l'enseignement supérieur ;

2-      Engager une « rectification » de la justice par la lutte contre les magistrats corrompus et la distinction des magistrats vertueux. Il reste à définir les critères permettant de distinguer ces catégories de magistrats;

3-      mettre en œuvre de la constitution en exigeant les déclarations publiques de biens des dirigeants de l'Etat;

4-      reconstruire de l'école en passant par la valorisation des enseignants et l'instauration d'une déontologie sans concession ;

5-      demander le retrait du projet actuel de modification constitutionnelle et demander la reprise du débat dans le cadre des élections générales de 2012 afin que le président élu ait un vrai mandat du peuple pour, éventuellement, opérer un changement constitutionnel.

 

Comment faire ?

La question qui se pose à nous maintenant est de savoir comment, dans la situation sociale actuelle de notre pays où la plupart des partis politiques sont totalement discrédités,  joindre à nous les forces vives et conscientes du pays pour concrètement, ici et maintenant, agir (il ne s'agit plus d'écrire des rapports ou de discuter a l'infini) sur les points ci-dessus. Certains d'entre nous sont déjà engagés dans la logique de construire un premier cercle rassemblant des patriotes que nous avons intitulé CPM (Coalition Patriotique pour le Mali). Il faut renforcer la CPM mais rassembler au delà d'elle.

Comment faire ? A vous de le dire. Et voici s'ouvrir devant nous la seconde phase de notre débat.

 

Dialla Konate

Blacksburg, 28 Mai 2010

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
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Cel1 (00) 223 643 49 64
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site: http://www.aboubacrine-assadek.com/

Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

1 commentaire:

Unknown a dit…

BRAVO vous avez fait un vrai travail de scientifique que vous etes.