vendredi 28 mai 2010

Bras de fer Snesup-gouvernement : 100% crise de confiance.

 

Bras de fer Snesup-gouvernement

100% crise de confiance

La crise universitaire consécutive au mot d'ordre de grève générale du syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESUP) est au centre des débats de la communauté des intellectuels maliens, notamment ceux du réseau Internet Malilink. Une des propositions de sortie de crise, venant du Pr. KONATE, s'articule, entre autres, autour d'une contribution nationale à hauteur de 1% des salaires. En réaction à cette proposition, le Pr. Dialla a reçu 215 réponses: 100% des enseignants disent non; 100% des personnes intervenant disent qu'ils n'ont aucune confiance dans le gouvernement ni aux partis politiques, encore moins en la Justice;  90% d'entre eux estiment qu'il faut obliger le gouvernement à respecter ses engagements… Comme quoi, la crise qui paralyse actuellement l'Université du Mali est d'abord et avant tout une crise de confiance qu'il urge de résoudre. Lisez plutôt les commentaires de Dialla lui-même:

 

 

1- Concernant ma proposition de contribution nationale à hauteur de 1% des salaires, 100% des non enseignants de notre communauté ayant écrit pensent qu'ils ne sont pas prêts à participer à cette contribution de même que ceux qui manifestent de la sympathie à l'égard des enseignants.

Le jugement de ces personnes qui semblent être très à l'écoute des informations paraissant dans la presse malienne (que je ne connais pas) donnent à une très forte majorité tort au gouvernement, mais estiment que les enseignants dans leur "inflexibilité" ont fini par se mettre à l'encontre des intérêts du pays.
2- 20% environ des enseignants ayant écrit sont eux aussi opposés au prélèvement des 1%. Leur raison est que le gouvernement est de mauvaise foi, dispose des moyens et refuse pour autant de valoriser le travail enseignant par mépris. Selon eux, il faut obliger le gouvernement à satisfaire les revendications enseignantes sans solliciter les autres citoyens.
3- Environ 90% des enseignants ayant écrit sont convaincus que les ressources existent dans les caisses du gouvernement et qu'il faut l'obliger à satisfaire le protocole d'accord du 8 janvier 2010.
4- Les enseignants qui ont écrit sont presque à 100% en défiance par rapport au gouvernement auquel ils ne font absolument pas confiance.
5- Les jeunes identifiables comme tels (moins de 40 ans) ont un discours très radical. Ceux qui se sentent dans un travail sous-évalué ou qui n'ont pas d'emplois stables sont en colère et en révolte. Certains sont à la limite de se mettre en marge de la communauté tant ils ont perdu confiance dans tout ce qui fait la superstructure d'un pays: la justice, l'État dans son ensemble, les élites, les partis politiques. Ces jeunes, à plus de 98%, ne font aucune confiance ni au gouvernement ni aux partis politiques. Ils sont à pratiquement 100% à ne pas faire confiance à la justice. Et c'est là un point unanime.
Pratiquement 100% de ceux qui ont écrit ne font aucune confiance à la justice de notre pays.
Voila les premiers renseignements quantitatifs que j'ai pu retirer en analysant les courriers que j'ai reçus et que j'ai pu dépouiller. Le lot traité comprend 215 courriers traités en une semaine, (certains correspondants ont écrit plus d'une fois).
De ce fait, je crois que cet échantillon est largement représentatif de l'opinion des intellectuels qui ne se considèrent pas comme faisant parti du "système en place".

A chacun de lire cette analyse et de tirer les enseignements appropriés.

 

Proposition de solution à la grève du Snesup

 

Fondements

A mon humble avis, la crise actuelle de l'enseignement supérieur se traduisant par une grève illimitée des enseignants n'est qu'une illustration des déséquilibres de tous genres s'accumulant dans la vie nationale malienne. Les réactions à l'accumulation de ces déséquilibres ont été des revendications de corporations professionnelles, de groupes d'intérêts (dont politiques) et de stratégies individuelles dont la manifestation la plus visible est l'extension, l'aggravation de la corruption et de la délinquance financière. On ne peut passer sous silence, même si on est en retrait par rapport à la dureté des positions des syndicats enseignants, que, depuis l'indépendance les enseignants, ont, si ma mémoire est bonne, été la seule catégorie professionnelle à avoir renoncé à ses « privilèges » dont les primes et autres avantages. Ainsi, si nous voulons aujourd'hui réconcilier les enseignants avec la communauté nationale, il faut, à mon avis, que la solution à la crise actuelle inclue un relèvement financier des enseignants consistant à:

Ø      recourir à un effort de toute la communauté nationale à l'endroit des enseignants dont, en retour, il est attendu une attitude conséquente dans l'avenir ;

Ø      faire que ce recours n'aggrave en rien la situation financière de l'État déjà si terriblement dégradée ;

Ø      profiter de ce concours national à l'éducation pour initier un contrat économique dont la manifestation sera une relance concertée, auto-entretenue de l'économie nationale.

A mon avis, ceci sera un début de réponse qui devrait être considéré comme satisfaisant par les enseignants, au premier point du protocole d'accord entre le gouvernement et le syndicat Snesup en date du 8 janvier 2010.

De façon complète, voici les propositions que je voudrais faire en regard des quatre points de ce protocole d'accord du 8 janvier 2010.

 

Point 1 du Protocole d'Accord du 8 janvier 2010

Intitulé de la revendication : alignement des salaires sur ceux de la sous-région

Proposition de solution :

Ma proposition se décline en deux composantes.

Composante 1 : génération de ressources nouvelles

La masse salariale  totale au Mali devrait être quelque part entre 600 milliards et 800 milliards. Ma proposition consiste à ce que chaque salarié malien, en reconnaissance du service que les enseignants rendent à la société, consente à donner 1% de leurs salaires pour améliorer leurs conditions de vie. Cela fait un apport entre 6 milliards et 8 milliards. Ce prélèvement volontaire devrait se poursuivre au moins 5 ans, peut-être 10, pour laisser le temps à l'augmentation des ressources publiques de prendre le relai. Cependant, on va mettre en place, via le système bancaire, un mécanisme de compensation de ce 1%, au bénéfice des salariés. Si le prélèvement était fixé à 2%, le montant des ressources disponibles se situerait entre 12 milliards et 16 milliards.

 Composante 2 : compensation pour les salariés

On va demander aux banques dont les bilans sont bénéficiaires de consacrer 10% de leurs bénéfices annuels à la constitution d'un fonds de garantie. En prenant 10 banques faisant chacune une moyenne de 2 milliards de bénéfice, alors le fonds de garantie contiendra 2 milliards. Ce fonds permet de lever 20 milliards. Cette somme compensera alors le prélèvement précédent de la façon suivante. Ce montant va permettre à tout salarié d'acquérir un bien ou un service produit par une entreprise participant au Produit Intérieur Brut (PIB) à un taux préférentiel. 

Commentaire : Ce schéma permet de construire autour du relèvement de l'école une relance économique selon le modèle transitoire suivant:

Profit-> revenu-> consommation-> profit-> emploi-> revenu-> consommation-> profit.

Ce modèle, dès son deuxième cycle, devient un schéma normal auto-entretenu qui s'écrit:

Profit-> emploi-> revenu-> consommation-> profit.

Rien n'empêche l'État et les enseignants d'explorer des pistes menant vers des ressources supplémentaires non directement monétaires qui pourraient accroître les revenus réels des enseignants.

 

Point 2 du Protocole d'Accord du 8 janvier 2010

Intitulé de la revendication : mise en place de la nouvelle hiérarchie de la profession : Assistant, Maitre de Conférence, Professeur.

Proposition de solution :

Je ne sais pas ce qui fait litige entre le gouvernement et le Snesup sur cette question. Cependant, je suggère la mise en place d'un double concours pour le recrutement de tout enseignant à un grade quelconque. La première étape pour la mise en place de cette nouvelle hiérarchie passe par la constitution de commissions professionnelles devant établir les critères puis les listes des personnes aptes à remplir les fonctions déterminées.

Premier concours : Ce concours est national. Chaque candidat enseignant doit concourir pour être inscrit sur une liste professionnelle d'aptitude soit à la fonction d'Assistant, de Maitre de Conférence ou de Professeur. Ce concours se fait sur présentation et examen de dossier par un collège professionnel.

Second concours : Ce concours est propre à chaque université. Chaque année, en fonction du budget disponible, le Ministère de l'Enseignement Supérieur autorise chaque université à recruter un contingent déterminé d'enseignants dans chaque catégorie professionnelle. Ce concours consistera pour l'université à sélectionner, selon des critères publics transparents et selon sa dotation budgétaire, parmi les personnes candidates, celles qui lui semblent suffisamment qualifiées pour occuper les postes. Toute personne candidate doit nécessairement et au préalable figurer sur la liste d'aptitude à exercer la fonction attachée au poste proposé au concours.

Commentaire : Une personne peut être admise au premier niveau de concours et être inscrite sur la liste d'aptitude sans pour autant occuper un poste correspondant à ce grade. Autant aucune personne ne peut accéder à un poste si elle n'a pas au préalable été admise sur la liste d'aptitude professionnelle correspondante.

Point 3 du Protocole d'Accord du 8 janvier 2010

Intitulé de la revendication : Augmentation du taux de l'heure supplémentaire dans l'enseignement supérieur.

Proposition de solution :

Je ne sais pas, ici non plus, où est le désaccord entre les parties au Protocole d'Accord du 8 Janvier 2010. Mais il me semble opportun de fixer des règles dont la principale est de limiter impérativement à 30% de son revenu la charge que tout enseignant peut prendre sous forme d'heures supplémentaires.  Ces heures supplémentaires dont la déclaration doit être obligatoire et exigée dans le règlement intérieur et les règles de déontologie inclues les heures d'enseignement effectuées dans l'établissement d'origine mais aussi dans tout autre établissement à titre, en particulier, de vacataire ou de consultant. Ce revenu supplémentaire, bien entendu, est soumis à imposition. Fixer un plafond empêche que les heures supplémentaires ne soient utilisées dans le but exclusif de se faire de l'argent. Le plafonnement assure que l'enseignant garde des fonctions qu'il est certain de pouvoir remplir honorablement. Le plafonnement empêche aussi que ne soit dissimulée la nécessité d'embauches de cadres enseignants nouveaux.

 

Point 4 du Protocole d'Accord du 8 janvier 2010

Intitulé de la revendication : Intégration des travailleurs contractuels de l'enseignement supérieur à la fonction publique de l'État.

Proposition de solution :

Dans la mesure où les contractuels sont déjà en fonction et perçoivent des salaires, je ne vois pas de difficultés à les mettre au compte de l'État. En réalité :

-          il suffira d'un basculement d'écriture du salaire d'une ligne (actuel employeur public) vers une autre (État) ;

-          il existe un déficit en personnel qualifié dans l'enseignement. Quitte à soumettre les vacataires à de la formation professionnelle, l'enseignement supérieur gagnera à retenir ces cadres.

 

Observation :

Dans le cas où les deux parties agréeraient ces propositions, alors une simple notification mutuelle devrait mettre immédiatement fin à la grève qui se matérialisera dans l'espace d'une semaine de la mise en place d'un comité de suivi de l'accord.

 

Dialla KONATE

Blacksburg, 23 mai 2010

Source: Malilink 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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