jeudi 29 avril 2010

Double nationalité : Les dessous d'une exclusion !

Double nationalité:

Les dessous d'une exclusion!

 

Qui est visé entre Dioncounda, IBK, Modibo SIDIBE, Soumi, Zou, Tiébilé, Cheick Modibo et Malamine KONE ? Car certains d'entre eux sont soupçonnés d'avoir la «double nationalité». Quant à IBK, il a confié à notre confrère du «22 Septembre», dans sa parution n°075 du jeudi 22 avril, avoir «refusé» la nationalité sénégalaise et «renoncé» à celle de la France.  

 

L'argumentation est développée par la Mission de réflexion elle-même sur la consolidation de la démocratie au Mali (MRCDM) dans le rapport qu'elle a remis au président ATT, en septembre 2008, au sujet de l'article 31 de la Constitution du 25 Février 1992 relatif à la nationalité des candidats à l'élection présidentielle, en ces termes: «L'article 31 de la Constitution exige de tout candidat d'être de «nationalité malienne d'origine...»La question est posée de savoir s'il faut garder la référence à la nationalité malienne d'origine ou ouvrir à tous ceux qui ont la nationalité malienne, sans aucune autre distinction. Le Comité estime que la motivation fondamentale de ceux qui exigent la nationalité malienne d'origine est l'assurance de trouver chez les candidats les qualités liées au patriotisme. Or la fibre patriotique et l'amour du pays ne résultent pas seulement d'une donnée juridique mais plus d'orientation philosophique et culturelle. Il est vain de la rechercher dans une démarche exclusivement normative. L'expérience tragique vécue dans certains pays africains autour de la nationalité de certains des candidats mérite une attention particulière, y compris au Mali. Aussi, le Comité recommande-t-il que la candidature à l'élection du Président de la République soit réservée aux Maliens sans aucune autre spécification».

Mais, le Comité d'appui aux réformes institutionnelles (CARI), qui a pris le relais de la MRCDM et qui est sensiblement composé de la même équipe d'experts dirigée par l'ancien ministre Daba DIAWARA, a rendu publique la conclusion de sa seconde étude, le 19 avril dernier, au CICB, en prenant le contrepied de cette disposition de l'article 31 du projet de constitution avec l'interdiction de la double nationalité pour la dignité de président de la République du Mali comme la preuve d'un «traitre à la nation» ou d'un déficit de patriotisme: «Le candidat à l'élection présidentielle ne doit avoir aucune autre nationalité».

Le syndrome ivoirien

En mettant en cause cette avancée démocratique et républicaine même si le CARI avait eu le mérite de biffer le mot «d'origine» dans un premier temps avant de reculer avec la notion de «nationalité étrangère», le Mali emprunte ainsi le chemin honteux de «la malianité» sur les bords du fleuve Djoliba comme «l'ivoirité» a empoisonné la vie sur la lagune Ebrié depuis 2002. En effet, bien que né en Côte d'Ivoire (le 1er janvier 1942), à Dimbokro, près de la capitale Yamoussoukro, en pays Baoulé, au même titre d'ailleurs que le président Henri Konan BEDIE, ce dernier a empêché Alassane Dramane OUATTARA dit ADO de se porter candidat à l'élection présidentielle de son pays pour cause de «double nationalité» acquise après son passage au Burkina Faso où il a obtenu son bac avant d'être boursier aux USA pour le compte de la Haute Volta d'alors. Une pente glissante sur laquelle s'est également lancée Laurent GBAGBO qui a aussi voyagé avec un passeport étranger au moment où il n'était pas en odeur de sainteté avec le Bélier de Yamoussoukro, c'est-à-dire feu Félix Houphouët BOIGNY. En tous cas, le pays est en train de gérer les conséquences de ce «déni de nationalité» à des fils du terroir par des politiciens en mal de popularité pour s'abriter derrière des arguties aussi farfelues que xénophobes, en ramant «à contre-courant de l'histoire du monde» pour paraphraser le Pr Dialla KONATE qui a appelé le peuple souverain du Mali à rejeter cette proposition qui est une insulte à l'endroit de tous les patriotes de ce pays imprégnés de valeurs républicaines et démocratiques.

Le contre-sens de l'Histoire

C'est à se demander si les initiateurs de cette proposition, notamment les experts de  CARI, sont bien imprégnés de l'histoire réelle du Mali qui est une terre de brassage social et d'émigration interne comme externe: berceau de peuplement de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest et même du Centre (Cameroun), avec un incessant va-et-vient (la famille de Biton COULIBALY de Ségou et celle des Massassi du Kaarta, anciennement établis dans l'actuel Khorogo en Côte d'Ivoire avant de revenir à Khorogo Tomo, à Diéna, dans l'actuelle région de Ségou, et à Nioro du Sahel vers 1600). Une prise de position que ne semblait pourtant pas indiquer la note introductive et explicative du comité ci-dessus cité dans laquelle ce dernier reconnaît que la réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali ne peut atteindre les résultats escomptés si l'ont fait l'impasse sur l'histoire institutionnelle de ce pays séculaire. Laquelle histoire, poursuit-il, renvoie d'abord aux empires médiévaux du Soudan occidental ayant jeté les bases de l'État pré-colonial dont les fondements juridiques, sociaux, économiques et moraux continueront, jusqu'à l'intrusion européenne en Afrique et même au-delà, de régir, sur certains aspects, les relations humaines dans ce qu'il est convenu d'appeler «l'aire culturelle mandingue ». Un espace géographique qui déborde, résume le texte, sur plusieurs États actuels de la sous-région Afrique de l'Ouest.

Le non-sens pratique

A la limite, selon de nombreux observateurs, c'est même du non-sens pratique. Car le candidat «binational» n'a qu'à renoncer à sa nationalité «étrangère» avant de déposer son dossier de candidature devant qui de droit; même si tout porte à croire que la manœuvre politicienne vise plutôt à écarter un éventuel «concurrent gênant», parce que plus nanti financièrement et mieux assis sociologiquement. Or, en la matière, les politiciens véreux ne peuvent que s'en prendre à eux-mêmes pour avoir introduit de façon durable et structurelle le jeu de l'argent, le plus souvent «mal acquis», dans les joutes électorales. Au moins, les Maliens de l'extérieur, à l'instar de Malamine KONE (si d'aventure il avait nourri des ambitions présidentielles pour le Mali), n'ont pas volé, eux, l'argent du peuple pour ensuite essayer de le corrompre avec son propre argent. Suivez mon regard avec les politiciens «milliardaires de la démocratie» au Mali qui n'ont pas hérité un kopeck de leurs ascendants...

Ce qui est sûr, en revanche, c'est que le président du Mali a tué l'enfant du président du CTSP: le «Malien de l'extérieur» comme un «patriote» bâtisseur de la République. Car c'est ATT qui a créé le ministère chargé des Maliens de la diaspora dont l'idée a été copiée par d'autres pays africains, en reconnaissance de leur contribution appréciable et indéniable dans le développement du pays d'origine qu'est le Mali auquel ils demeurent du reste attachés par-dessus tout.

La case-départ

Cependant, selon les observateurs de l'évolution politique du Mali, c'est le retour à la case-départ après la parenthèse de l'article 31 de la Constitution du 25 Février 1992 selon lequel «tout candidat aux fonctions de président de la République doit être de nationalité malienne d'origine et jouir de tous ses droits civiques et politiques». Car, aux lendemains des indépendances, il avait été interdit aux binationaux d'exercer certaines fonctions au plus haut sommet de l'État en raison justement des conditions particulières dans lesquelles la Fédération du Mali avec le Sénégal a éclaté en août 1960. Le spectre de «l'ennemi du peuple» ou la «cinquième colonne» aidant...à la solde de la France «né-coloniale»!

Est-ce à dire qu'au Mali, l'Histoire se fait à reculons ; alors même que le régime ATT a récemment prouvé notre capacité d'ouverture et de tolérance en acceptant dans le gouvernement une Malienne mariée à un étranger (Mme BA Fatoumata Néné SY) et qui, de surcroît, avant sa nomination, était avec son mari dans un pays arabe où elle travaillait pour le compte du système des Nations unies ?

C'est pourquoi, nous osons espérer que le gouvernement rectifiera le tir avant d'envoyer le projet de texte à l'Assemblée nationale ou que celle-ci, usant de ses prérogatives constitutionnelles, amende cet article 31 dans le sens de la première proposition de l'équipe d'experts conduite par Daba DIAWARA, à savoir : « Tout candidat aux fonctions de président de la République doit être de nationalité malienne et jouir de ses droits civiques et politiques».

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD


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