vendredi 11 décembre 2009

Narco à Bamako : une nuit avec les nouveaux riches de la capitale.

L'Aurore : Narco à Bamako : Une nuit avec les nouveaux riches de la capitale   |   Nom : RG   |   11/12/2009 - 12H41
Aurore
Narco à Bamako : Une nuit avec les nouveaux riches de la capitale
10/12/2009

«Les dimanches à Bamako, c'est le jour des mariages». On le sait ! Ce qui reste par contre méconnu, c'est le samedi soir dans la Capitale malienne. Hé bien, c'est la fête de la bière, du sexe et depuis peu, des Narcos, ces Robins des bois des temps modernes dont l'extravagance n'a de commune mesure que celle des Emirs du Golf et les frasques des narcotrafiquants latinos. Bienvenues dans la nouvelle capitale africaine de la cocaïne et de la démesure!

Un Boeing transportant plus d'une dizaine de tonnes de cocaïne ? De quoi donner de la matière première aux puissants médias occidentaux et alimenter les causeries dans les « grins » de la Capitale malienne. Ce qu'on ne dit cependant pas, c'est que plus de 10 tonnes de Coke ont déjà été déversés et commercialisés à Bamako au cours de la dernière décennie. En clair, Bamako est déjà depuis plusieurs années une des plaques tournantes de la drogue dans la sous-région. En témoignent ces nouveaux riches du pays et les arsenaux désormais à leurs portées avec, à la clef des complicités insoupçonnables.

Une nuit avec les nouveaux riches
Nous sommes dans un de ces bars-dancings à ciel ouvert où évolue un des orchestres de musique très en vogue en ce moment dans la Capitale malienne. La présence de grosses 4 x 4 à proximité donne un large aperçu sur la qualité des usagers de l'espace.

Le chanteur du groupe le sait et remercie Allah de lui apporter ainsi sur un plateau d'argent tous les représentants de cette haute société malienne, composée en fait… enfin, de charmantes personnes. Peut être qu'il aurait plutôt dû remercier le diable en personne. Mais qu'importe le statut de ses bienfaiteurs, pourvu que la nuit soit profitable. Ainsi soit-il !

Il entonne des louages d'une dame… Une dame ? Point ! Une fille, mais ô, quelle donzelle. Une sacrée gonzesse, pleine aux as ! Elle est arrivée à bord du tout dernier produit d'un grand constructeur américain, une véritable montagne roulante noire, vitre teintée, jeu de lumières tamisées…
D'une beauté hors du commun, notre demoiselle ne laisse indifférent même un misogyne. Son parfum vous enivre par le seul fait de se remémorer son passage. Sacrée Go* !

Le quart d'heure de gloire et de chance du chanteur semble bien arrivé. Musique !

En fait de musique, ce sont plutôt les paroles de chanson qui intéressent au plus haut point les invités et les frasques qui en résultent. Ici, on appelle cela le Sumu (fiesta).

Le chanteur commence alors avec les louanges de mademoiselle. A en croire le maître de la parole, elle serait issue de la plus noble lignée, jouissant de la protection et de la Baraka divine… Aucune contrée occidentale et hexagonale n'a de secret pour elle. Ne suffise qu'elle tousse pour que le monde autour d'elle s'enrhume…

Mademoiselle n'en peut plus. Elle fait signe à l'armoire-à-glace lui servant d'ange protecteur. Ce dernier lui apporte un sac d'où elle tire des liasses de billets de banque en euros et en dollars. Impressionnant ! Elle les jette par liasse aux pieds du bienheureux chanteur… 100, 200, 300, …. 1000 euros ! Vous avez bien lu ! 1000 euros pour récompenser un chanteur en une nuit !

Qui est donc cette charmante et généreuse personne ? Une riche héritière ? Commerçante import-export… ? Pareil étalage de richesses aurait inspiré tout enquêteur. Mais ici, point !

De l'origine de sa fortune, l'on sait très peu de chose. Ses largesses et autres frasques alimentent les causeries les plus folles dans les grins de la capitale. Une chose est pour le moins sure : elle est bigrement bien protégée par des relations haut placées. Des Officiels ont été aperçus en sa compagnie.

Des personnages mystérieux comme mademoiselle, sans sources de revenus apparentes, il en existe désormais à foison dans la Capitale malienne. Ils sont fortement soupçonnés de commerce illicite, en l'occurrence de celui de la cocaïne et de l'héroïne.

Des Indices révélateurs

Ils ne mènent officiellement aucune activité économique du moins, légale. Mais fortunés, ils le sont et ont en commun l'extravagance des Emirs du Golf et les frasques des narcotrafiquants latino-américains. Evidemment, ils ne manquent pas d'initiatives pour marquer l'imaginaire populaire en donnant une impression de toute puissance, d'où justement les inconduites à coût de millions de F CFA.

Ils sont, pour ce faire, généreux et bienfaisants, n'hésitant à faire don de villas, de voitures et autres importants présents aux griots, autres courtisans mais aussi à des personnes déshéritées … Des Robins des bois des temps Modernes ? Pourquoi pas, dans un monde d'injustice où les pauvres ne croient plus en rien, en tout cas, moins aux pouvoirs publics ?

C'est du moins l'impression qu'elles sont parvenues à faire admettre. L'on croit désormais plus à ces narcos qu'aux autorités, accusées à tort ou à raison de laxisme et/ou de complicité. Trouvez l'erreur !

Le phénomène s'explique. Profitant du sentiment de méfiance des populations à l'endroit des pouvoirs publics, ces narcos ne lésinent pas sur les moyens pour s'attirer la sympathie de ces hommes et femmes surtout dans certains milieux défavorisés de la vieille ville. Et du coup, ils parviennent à s'assurer une omerta certaine. C'est la nature humaine : l'on est plus enclin à être reconnaissant envers son bienfaiteur, malgré et contre tous.

Les pouvoirs publics désarmés et désemparés

Interrogez la police, elle affirmera ne pas avoir les moyens de la politique de l'Etat employeur : Pas de véhicules de liaison, pas de réseaux de communication efficientes... Vrai de vrai ! La preuve : elle est très efficace quand il s'agit, d'intercepter des simples motocyclistes et véhicules de transport en commun pour panne de feux ou manque de vignettes... Mais des véhicules de luxe non immatriculés ou en infraction, pas un seul coup de sifflet ! L'agent préfère ne pas avoir à faire avec un baron de la République qui l'expédiera, sur commande, quelque part dans une contrée perdue du pays. Déconcertante la facilité avec laquelle l'on crée et entretient l'injustice au sein des services de répression du pays ! Sanctionner la faute et récompenser le mérite, ont-ils dit ! Hum !

En clair, les narcos ont visiblement imposé leurs lois. Tenez ! Pourquoi donc jamais au Mali un dealer de calibre n'a été appréhendé par les forces de l'ordre, jugé et condamné par la justice malienne ? Seuls ont fait objet d'interpellation, à ce jour, de minables trafiquants de cannabis et bien vite libérés «faute de preuves suffisantes», selon la justice.

A Bamako et nulle part ailleurs !

Et quand les populations locales interpellent les pouvoirs publics afin d'assainir leurs secteurs de l'influence de ces narcos comme à Bagadadji, débarquent dans les jours qui suivent des cargos remplis d'agents des forces de l'ordre armés de gaz lacrymogènes et à qui l'«ordre de mater sans distinguo» semble donné. Question de se donner bonne question ou complicité dans l'intérêt manifeste de décourager d'éventuels héros?

Tout semble, en tout cas, entrepris pour protéger les narcos: des espaces de loisirs où l'entrée est assujettie au payement préalable de 40 000 F CFA de caution ; des véhicules suspects et de luxe, aux vitres teintées malgré l'interdiction et, quand bien même non immatriculés, libres de circulation sous le nez et la barbe des services compétents ; des verdicts de tribunaux très controversés concernant des individus soupçonnés de consommation et de commerce de coke; limogeages abusifs et promotions douteuses pour certains agents de l'Etat selon…; bipolarisation tout azimuts de la société entre riches et pauvres…

Télévisions et radios de proximité y apportent leurs touches en rapportant chaque jour les hymnes dédiées à ces nouveaux riches venus on ne sait d'où ? Conséquences, les jeunes manquants de plus en plus de repères rejoignent désormais leurs pères (au propre comme ou figuré) sur le nouveau marché si prospère, à Bagadadji notamment que même l'usine de produits pharmaceutique du pays n'hésite pas explorer de temps à autre pour ces besoins en matières premières. C'est sur ce marché, apprend-on de bonnes sources que sont souvent réintroduits pour la revente, les produits illicites ayant fait objet de saisies officielles. En clair, le narcotrafic semble bien légitimé au Mali depuis des lustres.

N'Tji Diarra
Go* : fille, demoiselle, sexy… Argot malien, déformation du mot anglais «Girl»

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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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