vendredi 4 décembre 2009

Essakane, vaille que vaille.

Essakane, vaille que vaille ! | Nom : Moustapha Dahi |
04/12/2009 - 11H30
C'est pratiquement sur le perron de l'Elysée où
il était reçu fin octobre que le président mauritanien a dit haut et
fort qu'il n'existait pas de base d'Al Qaeda dans son pays, dirigeant
ainsi les regards sur le Nord Mali, devenu par la force des choses,
l'une des régions les plus médiatisées du monde mais pas forcément pour
la bonne cause.

On ne peut pas faire au Général Abdel Aziz le procès d'avoir, sur
le moment, tiré son épingle du jeu, même si l'on sait que le premier
attentat kamikaze dans la région eut lieu seulement trois jours après
son investiture, qu'il eut lieu à Nouakchott et qu'il visait
expressément la France. De surcroît, l'enlèvement récent des Espagnols
se situe dans le prolongement d'actions antérieures dont certaines -
Aleg en 2007 par exemple- s'illustrèrent par un éclat tel qui ne laisse
aucun doute sur l'enjeu mauritanien pour le salafisme.

Dès lors, il devient intéressant d'analyser pourquoi sur le
richter du terrorisme, le pays d'Amadou Toumani Touré est classé un
cran au dessous du pays d'Abdel Aziz. Epinglons tout de suite l'effet
d'amalgame. Contrairement à la Mauritanie, le Nord malien est aussi un
foyer d'irrédentistes le plus souvent armés. Il en résulte une
impression d'instabilité et de dangerosité que notre pays ne partage
qu'avec le Niger. Mais différence de taille avec la Mauritanie comme
avec le Niger, notre pays passait jusqu'au semestre dernier parmi les
rares au monde à s'accommoder de la présence des bases opérationnelles
d'Al Qaeda Maghreb.

C'est d'ailleurs un de nos problèmes avec le voisin algérien qui,
tout bien considéré, ne nous reproche pas l'existence du groupe
terroriste, mais notre tolérance à l'égard de ce qu'il considère comme
une machine à tuer, rien de plus. Chez lui jusque là, plutôt que chez
nous quoique les choses aient changé depuis peu. Chaque enlèvement
d'otage, même opéré en Tunisie et transitant par l'Algérie, comme ce
fut le cas des Allemands en 2003, finit par donner plus de visibilité
au Mali parce que c'est là qu'Aqmi les amène, c'est là que leur
libération est négociée, médiatisée et interprétée.

Le lieu de capture est important au plan stratégique, mais ce qui
marque les esprits c'est là où ils ont été libérés ou malheureusement
tués, c'est l'entrée en scène des négociateurs comme Baba Ould Cheickh,
le pouvoir qu'ils en tirent, les ressources dont ils sont crédités, et
finalement l'impression de business juteux que laisse l'obscure
besogne. Voilà ce qui fonde la vulnérabilité du Mali, et à cet égard,
nous l'avons vu, même s'il est indéniable que les menaces sont
transnationales et qu'elles ne sont pas « made in Mali ».

Autre chose, et c'est important, sur le coup des enlèvements
survenus cette semaine entre Nouakchott et Nouhadibou, le président
mauritanien n'a pas tardé à limoger des cadres de l'administration et
de l'armée. Cette réaction rapide à des événements graves relève du
principe de l'imputabilité et en réagissant, le chef de l'Etat
mauritanien laisse la perception qu'il n'acceptera pas d'impunité sur
la question du terrorisme. Au Mali, les réactions n'ont pas été
absentes, le mouvement dans l'armée et dans l'administration après
l'attaque de Nampala en faisant foi, mais elles sont plus lentes, plus
enrobées, plus difficiles. Elles perdent, par conséquent, une part
importante de leur lisibilité.

L'instant en politique peut être un allié et il importera pour le
président Touré de n'en rater aucun désormais. L'interview accordée
dans le Monde sur l'enlèvement du Français, la question sécuritaire au
Nord et les mystères du Boeing de Tarkint est de bon augure. Elle tombe
bien, elle est accordée à un média de poids, elle est que le silence
gardé sur l'avion était une erreur. Pour ce qui est de ces propos sur
la sécurité dans le Nord, il est possible en effet qu'il n'y ait pas
plus d'insécurité à Bourem qu'à Mantes-la Jolie.

Mais les chancelleries occidentales ne peuvent pas faire
autrement. Le principe de prudence est une donnée fondamentale de
gouvernance et c'est ce qui a été observé. Nous ne pouvons pas en être
heureux à cause de la mauvaise publicité qui en résulte pour nous.
Mais, ce sera aussi aux Maliens, de savoir prendre le chemin de
l'intérieur comme le font les Kenyans, les Ethiopiens, d'aller
massivement à Essakane, Essouk, Segou et de ne pas laisser dépendre ces
rendez-vous importants de la seule présence des Etrangers. Nous devons
nous prendre en charge, démontrer que personne ne nous est
indispensable, et aller à Essakane déjà dans un mois. Le tourisme
intérieur est un levier que nous n'activons pas souvent. Il s'invite
désormais.

Adam Thiam, Le Républicain, 04/12/2009
Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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