mardi 20 octobre 2009

Tr : [malilink] Article: De la neige artificielle dans le désert au Mali pour stimuler la pluie

----- Message transféré ----
De : Pierre C. Sibiry Traore (ICRISAT) <p.s.traore@CGIAR.ORG>
À : Yvonne van Driel Krol <yvandrielkrol@gmail.com>; malilink <malilink@malilink.net>; paix au <peace-initiative@malilink.net>
Cc : Pierre C. Sibiry Traore (ICRISAT) <p.s.traore@CGIAR.ORG>
Envoyé le : Mar 20 Octobre 2009, 0 h 49 min 04 s
Objet : RE: [malilink] Article: De la neige artificielle dans le désert au Mali pour stimuler la pluie

Bonsoir Yvonne et tous:

Je regrette sincerement de devoir intervenir a nouveau sur ce sujet, que j'ai efficacement evite depuis de longs mois (sans pouvoir m'en liberer l'esprit) tant il me pose un cas de conscience fondamental. Je ne sais meme plus si je souhaite un debat public sur cette question... Je le relance neanmoins dans l'espoir qu'une porte de sortie honorable nous permette de promouvoir des investissements plus durables.

Alors, pourquoi est-ce un probleme pour moi?

Un probleme, parce que d'un cote, je reconnais la volonte politique sincere d'une large fraction de nos decideurs de venir en appui aux populations rurales en exploitant tous les moyens technologiques disponibles dans le monde moderne. Cela est louable et j'encourage cela vivement - tous les pays africains ne beneficient pas d'un tel souci, d'une telle attention de la part de leurs dirigeants.

Un probleme, parce que de l'autre cote, je sais en tant que scientifique que pour une variete de raisons, l'ensemencement de nuages pour faire tomber la pluie ne peut pas marcher, et notamment en regions tropicales ou la tres grande majorite des precipitations provient de phenomenes de convection intense. Je ne conteste pas le mecanisme physique de creation de nuclei de condensation, c'est un fait etabli. Je conteste, en Afrique de l'Ouest continentale, le fait qu'on puisse i/ au plan biophysique, attribuer un lieu causal entre les precipitations enregistrees au sol et l'operation d'ensemencement (la difference "mesuree" etant le plus souvent inferieure a la variabilite naturelle), ii/ au plan economique, prouver la rentabilite de cette technologie, quelle que soit la superficie couverte. Je ne parle meme pas des questions ethiques qui sont un probleme absolument mineur au regard des deux precedents.

Cela fait longtemps que la science a disqualifie ce genre de technologie a de rares exceptions pres, qui interessent soit des applications non agricoles (e.g. precipitation des brouillards en zone aeroportuaire pour la securite de la navigation aerienne), soit des applications agricoles dans des conditions tres particulieres "de niche" avec des benefices par ailleurs tres marginaux (e.g. augmentation des precipitations hivernales de nuages stratiformes sur l'Atlas marocain pour augmenter la recharge des barrages d'altitude utilises pour l'irrigation des plantations d'agrumes).

Le fait que les pluies provoquees aient ete delaissees depuis longtemps aux USA et ailleurs, que les entreprises offrant ce genre de services ne puissent facilement trouver de marches dans leurs pays d'origine, que ces technologies ne soient plus endossees depuis longtemps par l'Organisation Meteorologique Mondiale, que les seules ressources accessibles pour financer ce genre d'operation soient des fonds propres de nos gouvernements, ... suggerent a suffisance que nous souffrons aujourd'hui d'un deficit important de backstopping scientifique au Mali.

Il existe de nombreuses technologies et approches qui ont fait leurs preuves en matiere de support a l'agriculture et aux petits producteurs. Je n'en citerai que deux: l'amenagement des terroirs en courbes de niveau pour augmenter l'infiltration des eaux de pluie (promue par l'IER et ses partenaires), ou encore la dissemination d'informations meteorologiques par le biais des radios rurales (promue par la Meteo Nationale, le GTPA et leurs partenaires). En depit des difficultes logistiques de mise en oeuvre de ces technologies liees a la necessite d'impliquer etroitement les collectivites decentralisees d'une part, et des difficultes operationnelles liees au besoin de les personnaliser pour les adapter au contexte local, je suis absolument certain qu'elles constitueraient un investissement beaucoup plus rentable, immediatement, pour les producteurs comme pour le pays.

Il existe dans l'article ci-dessous de nombreux autres amalgames et contre-verites ou verites anachroniques, dont la repetition sur la place publique n'epargne malheureusement pas nos politiques ni nos media. Mais c'est la un debat qui ne concerne pas que le Mali ou l'Afrique - dans le monde d'aujourd'hui, la collusion du politique et des media dicte ce qui est "a la mode" en termes de "nouveautes scientifiques" ou autres "defis pour l'humanite". Les changements climatiques, dont la "bulle" finira bien par eclater tout comme celle d'internet il y a une dizaine d'annees, n'en sont qu'un exemple parmi d'autres. Nous avons besoin d'elever significativement le niveau general de connaissance scientifique au Mali, pour pouvoir selectionner des outils de developpement effectifs et efficients.

Ah... pas assez de temps pour philosopher. Peut-etre un autre jour!

Bien de choses a tous,

Sibiry

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From: Yvonne van Driel Krol [mailto:yvandrielkrol@gmail.com]
Sent: Mon 2009-10-19 06:27
To: malilink; paix au
Subject: [malilink] Article: De la neige artificielle dans le désert au Mali pour stimuler la pluie



Grace à Temoust.org, bonne lecture, Y




Afrik.com-19-10-09


De la neige artificielle dans le désert au Mali pour stimuler la pluie


lundi 19 octobre 2009

Les autorités organisent des vols d'ensemencement avec l'aide de conseillers américains. La même technologie que celle utilisée depuis des décennies par les stations de ski dans les pays développés pour fabriquer de la neige a été adoptée en Afrique subsaharienne, mais dans un but bien différent : celui de maintenir les cultures et la population en vie.

Lundi 19 octobre 2009, par notre partenaire IRIN

« Une demi-heure après, il pleut là où nous le voulons », a résumé Daouda Zan, ingénieur au service météorologique du Mali. La précipitation artificielle, ou ensemencement des nuages, est utilisée partout dans le monde depuis plus d'un demi-siècle.

Mais ces trois dernières années, des météorologues maliens ont localisé des nuages dans les régions les plus sèches et les ont ensemencés. La neige ainsi fabriquée fond et se transforme en pluie.

Mamadou Adama Diallo, coordonnateur du programme de pluies provoquées, a dit à IRIN que le gouvernement cherchait, depuis plusieurs dizaines d'années, une solution face à l'imprévisibilité croissante des précipitations, qu'il associe au changement climatique.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) seuls quatre pour cent des terres du pays sont irrigables. D'après le service météorologique national, le manque de précipitations est particulièrement critique dans les régions de Segou, Mopti et Koulikoro, au centre du pays. Une enquête publique a révélé, en 2006, que dans ces zones, au moins treize pour cent des enfants âgés de moins de six ans montraient des signes de malnutrition aiguë.


Problème


La moyenne des précipitations a diminué de 20 pour cent au Mali depuis les sécheresses des années 70. « La sécheresse augmente, la nappe phréatique diminue et le débit des grands fleuves connaît une baisse de 50 pour cent », a indiqué Sidi Konaté, technicien au ministère de l'Environnement.

Les saisons des pluies de plus en plus courtes troublent les agriculteurs. « Le démarrage et la fin de la saison humide sont devenus imprévisibles et les paysans ne savent plus quand semer », a commenté Sidi Konaté.

Ces changements ont semé la confusion parmi les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs. « Le delta intérieur du Niger connaît une perte annuelle d'eau de trois milliards de mètres cubes et l'ensablement et la désertification affectent les habitations, les terres agricoles et les voies de communication ».


Des pluies d'un million de dollars


Avec l'aide de conseillers américains, le gouvernement a organisé 332 vols d'ensemencement depuis 2007 et alloué 32,5 millions de dollars de fonds propres au programme de pluies provoquées, entre 2006 et 2010, a dit à IRIN le ministre des Finances, Sanoussi Touré.

Interrogé sur la possibilité de continuer ce projet de contrôle du climat qui coûte plusieurs millions de dollars, le coordonnateur du programme, M. Diallo, a dit que les coûts de lancement d'un projet étaient généralement plus élevés au cours des trois premières années. « Après, les dépenses récurrentes se limitent essentiellement au fonctionnement et au renforcement des capacités du personnel en vue de l'appropriation des techniques ».


Un dérèglement de la nature ?


Pour les sceptiques des pluies provoquées, les produits chimiques ou les bactéries glaçogènes pulvérisés dans les nuages pourraient nuire à l'environnement. Mais M. Diallo a dit à IRIN qu'ils utilisaient du sel de table pour provoquer la condensation et les précipitations, ce qui n'avait engendré aucun dommage sur les deux dernières récoltes.

Là où le service météorologique avait provoqué des pluies en 2007, les récoltes avaient bénéficié de saisons de croissance plus longues et d'une moyenne de 18 pour cent de précipitations en plus par rapport à l'année précédente. L'année 2008 a connu une augmentation des précipitations similaire.

Les saisons de croissance dans les régions Kayes, Mopti et Koulikoro ont été nettement plus longues. « Ces pluies provoquées ont permis aux paysans de semer plutôt et de continuer la saison plus tard que d'habitude », a expliqué M. Diallo à IRIN.

L'augmentation des précipitations dans ces régions a conduit à un accroissement de 50 pour cent des récoltes de millet, de sorgho, d'arachide et de coton, a indiqué à IRIN le ministre de l'Agriculture, Agatham Ag Alhassane. « Les pluies provoquées qui...relevaient du rêve sont donc devenues une réalité. Nos compatriotes qui suivent le bulletin météo de la télévision nationale constatent avec joie la réussite de ces opérations ».

Certains sont peut-être ravis, mais ils n'attribuent pas cet exploit aux ingénieurs-météorologues. Bamoussa Diarra, agriculteur de 77 ans vivant à Segou, à 220 km au nord-est de la capitale, Bamako, a dit à IRIN :« Depuis que je suis né, je n'ai fait que de l'agriculture. Jamais de la vie, je n'ai entendu de telles sottises. Ce n'est pas vrai. La pluie, c'est Dieu qui la donne, pas les hommes. Depuis quand, des hommes sont-ils devenus Dieu ? »

Amadé Guindo, producteur de céréales du centre du Mali, est du même avis : « Il faut être fou pour croire que les hommes peuvent provoquer de la pluie ».


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